TRIBUNE LIBRE

Mercredi 23 août 2006 3 23 /08 /2006 01:07
- Par Bernard Bel - Publié dans : TRIBUNE LIBRE
Réflexions autour des États généraux de la naissance 2006

(Lien vers article au format PDF)

Le CIANE (Collectif interassociatif autour de la naissance http://ciane.info) est un collectif de 132 associations d’usagers des services de maternité rassemblées autour d’une charte et d’une plateforme de propositions pour l’amélioration du système périnatal. Il encourage, à cet effet, toute interaction constructive entre parents, praticiens de santé, chercheurs, responsables administratifs et décideurs politiques. Les États généraux de la naissance sont une occasion unique de construire ou consolider des passerelles entre ces acteurs de la périnatalité.

Améliorer le système périnatal ne peut pas se résumer à une meilleure adéquation entre « l’offre de soins » et « les attentes des usagers ». Raisonner en ces termes, c’est refuser de voir les femmes enceintes et leurs proches autrement que comme des clients de services de maternité acteurs d’un marché dont les règles auraient été édictées une fois pour toutes par des experts médicaux. Ce discours gestionnaire est révélateur d’une triple intrusion :

  1. La médecine. La venue au monde d’un enfant n’est pas un événement médical a priori. À supposer que 10 à 20% des accouchements ne puissent faire l’économie de gestes médicaux — estimation sujette à controverse — ces gestes, la technologie et les compétences qui vont avec, ne peuvent pas constituer une fin en soi. Les associations qui militent pour une démédicalisation de la naissance ne plaident pas seulement pour que soit évitée toute intervention potentiellement iatrogène, une revendication que les « pôles physiologiques » des maternités sont à même de satisfaire ; « démédicaliser » veut surtout dire replacer l’événement de la naissance au centre de l’histoire d’un couple, d’une fratrie et d’un environnement social dont la médecine n’est qu’une composante parmi d’autres.
  2. Le marché. Quand l’offre précède la demande, cette demande s’exprime par la bouche d’experts qui ne sont pas les demandeurs. Au pire, elle est énoncée comme une vérité universelle : « Toutes les femmes demandent la péridurale », « Les parents veulent des maisons de naissance »… Au mieux, elle est quantifiée avec un souci de rigueur scientifique, bien que « formatée » selon les protocoles d’enquêtes [atelier 5].
  3. L’expertise. Cette question est au cœur de la problématique des États généraux de la naissance, et plus généralement du CIANE qui a vu le jour à l’occasion des États généraux de 2003. Est expert celui qui a de l’expérience (experientia). Ce sens premier, fondé sur l’idée d’un apprentissage à l’épreuve de la pratique, est éclipsé par le sens plus courant aujourd’hui de spécialiste d’un domaine. Cette évolution sémantique a cela de remarquable que le sens moderne tend à disqualifier l’expertise fondée sur l’expérience ordinaire qui fondait la notion primitive (Isabelle Stengers et Bernardette Bensaude-Vincent, 100 mots pour commencer à penser les sciences, Les empêcheurs de penser en rond, 2003).

Des usagers aux « parents-citoyens »

Le plan périnatalité 2005-2007 a renforcé la présence de représentants des usagers aux côtés des professionnels dans toutes les instances décisionnelles du système de santé. La démocratie sanitaire est en jeu dans cette redistribution des cartes. Elle définit un nouvel espace public où « le public » est appelé à jouer un rôle politique autre que celui de la dénonciation individuelle — « tout le monde râle mais rien ne change ».

Ce que les anglophones désignent par empowerment n’est pas une affirmation démagogique de la suprématie de l’usager-client-consommateur. Félix Guattari définit l’empowerment comme la production collective de subjectivités. Cette définition est riche de sens car elle affirme le rôle de l’individu (en tant que sujet) dans la production d’un savoir collectif. Le milieu associatif, relayé par les collectifs d’associations, permet ici de dépasser le stade de la dénonciation pour s’engager dans l’action collective — l’exercice de la démocratie.

Les usagers ainsi transformés en « parents-citoyens » deviennent acteurs des transformations souhaitées du système périnatal. Toutefois, des questions de représentativité et d’efficacité de la participation aux instances (réseaux etc.) se posent inévitablement à ceux qui consacrent du temps et de l’énergie au travail en commission [atelier 6]. Le CIANE s’interroge aussi sur les stratégies à mettre en œuvre pour aboutir à des changements qui ne soient pas de simples aménagements de l’existant [atelier 7].

Rentabilité, mais…

La fermeture des petites maternités a été justifiée auprès du public par l’intention louable d’améliorer la sécurité du dispositif périnatal. Or les statistiques n’ont pas confirmé la pertinence de cette politique de regroupement, d’ailleurs contraire à celle des pays d’Europe qui affichent de meilleurs résultats périnataux. Les maternités de niveau I ayant échappé au regroupement sont de nouveau menacées dans leur existence par la mise en place d’un système de tarification imposant des critères draconniens de rentabilité économique [atelier 1]. De nombreux services qu’elles rendent aux femmes enceintes (accompagnement, écoute, soutien psychologique…) ne sont pas « tarifiés à l’acte » et ne peuvent donc plus être pris en compte dans le financement. L’effet pervers de ce dispositif nouveau est que plus un établissement privilégie une surveillance non-interventionniste de l’accouchement (la raison d’être du « niveau I »), moins il a de chances de bénéficier d’un financement assurant sa survie.

La dissimulation de critères économiques sous des arguments d’amélioration du confort et de la sécurité des femmes en couches ne date pas d’hier. Dans les années 1960-70, une équipe irlandaise (dirigée par O’Driscoll) a mis au point un protocole de « gestion active de l’accouchement » (active management of labour) dont le double objectif était de faire face à l’encombrement des services et de réduire les taux de césariennes. Il fallait pour cela diminuer artificiellement la durée moyenne des accouchements en intervenant de diverses manières sur la progression du travail. Marsden Wagner, expert à l’OMS, déclarait à ce sujet : La gestion active du travail illustre la confusion dans l’approche médicale de ce qui est normal et de ce qui est pathologique en ce qui concerne la naissance. C’est une forme extrême de médicalisation dans laquelle le rythme de l’horloge a été accéléré. Si le travail de la femme ne progresse pas à un rythme que les médecins ont défini, de manière arbitraire, comme satisfaisant, on dit que la femme souffre de « dystocie » et qu’une intervention est nécessaire pour accélérer le travail (Midwifery Today, 37, 1996).

Les chiffres montrent que le premier objectif a très vite été atteint : en 1963 la durée optimale du travail pour un premier accouchement était estimée à 36 heures, en 1968 elle a été réduite à 24 heures, et en 1972 elle est descendue à 12 heures. On peut l’estimer à 8 heures aujourd’hui. Dans ces conditions, parler d’accouchement « physiologique » est, au mieux, une fraude scientifique, au pire une escroquerie. Par contre, la gestion active n’a pas rempli sa promesse de diminuer les taux de césariennes.

La gestion du travail, en France, ne correspond plus au modèle proposé par O’Driscoll. Elle se décline sur le mode technologique avec un recours fréquent au déclenchement de l’accouchement (20%), aux ocytociques (50%) et à la péridurale (70%, contre 10 à 30% en Allemagne et aux Pays-Bas). De plus, 20 à 50% des déclenchements se feraient « par convenance » et non sur indication médicale, avec une plus forte proportion dans les établissements qui souffrent le plus d’un manque de personnel, tout cela malgré les conséquences parfois dramatiques de cette intervention (cf. une fiche de cadrage de la HAS, 25/4/2006) [atelier 11].

… à quel prix ?

Il est important de rappeler que les propositions du CIANE et de nombreux professionnels vont dans le sens d’une réduction des dépenses du système de santé pour ce qui est de la prise en charge de la périnatalité [atelier 10]. En effet, les données de la médecine factuelle, depuis plusieurs décennies, ont prouvé que de nombreux gestes médicaux pourraient être évités sans pour cela augmenter le risque périnatal. (Une association met à la disposition du public une base de données bilingue de références scientifiques permettant des recherches ciblées sur les mots-clés significatifs http://afar.info/biblio-liens.htm.)

La maîtrise du coût de la périnatalité devrait découler de la simple prise de conscience, au niveau politique, du fait que la grossesse n’est pas une maladie. Si 80% des femmes abordent l’accouchement avec un pronostic favorable, il n’y a aucune raison de les prendre en charge dans des structures prévues pour des accouchements à risques, sauf d’induire ce risque par un excès d’interventionnisme perturbant le métabolisme des hormones naturelles. De même, il est aberrant — même si des parents insuffisamment informés le réclament — de solliciter la présence d’obstétriciens là où les sages-femmes pourraient pleinement jouer leur rôle d’accompagnantes, sous réserve de conditions de travail favorables. C’est pourquoi le CIANE défend le principe de la plus grande diversité de choix du lieu d’accouchement : domicile, maison de naissance [atelier 4], pôle physiologique, hôpital ou clinique.

On peut mettre en parallèle l’approche techno-scientifique dominante de la reproduction humaine et le productivisme de l’industrie agro-alimentaire. Les mêmes stratégies sont mises en œuvre pour réduire les coûts : réduction du nombre d’opérateurs humains, surveillance technologique, protocoles ne prenant pas en compte la variabilité individuelle, et regroupement des lieux de production ou des « usines à bébés ».

Il y a de nombreuses ombres au tableau. Les économies réalisées (à l’échelle locale des établissements) par la systématisation des actes et la réduction des effectifs sont balayées par le surcoût global des dispositifs indispensables à cette forme de prise en charge des femmes pendant l’accouchement. Tout repose en effet sur la technicité et la compétence des opérateurs. Des gestes médicaux potentiellement iatrogènes se multiplient sur des femmes dépossédées de leur capacité d’enfanter, comme en témoignent de nombreux récits de naissances http://naissance.ws/recits.htm. Suite à leur accouchement, 10 à 15% d’entre elles sont diagnostiquées en dépression maternelle, dont un tiers environ présenteraient plusieurs symptomes d’un état de stress post-traumatique (D.K. Creedy, Emotional well-being of chilbearing women: A review of the evidence, 2002 Professorial lecture. Griffith University http://194.57.187.58/ext/afar/biblio/FMPro?-db=x-re.fp5&-format=enreg%5fdetail.htm&-lay=web&id=115&-find). Le début de l’allaitement [atelier 18] mais aussi la relation parent-enfant [atelier 15] sont souvent compromis, et les effets à long terme de conditions traumatisantes pour le nouveau-né retiennent l’attention des psychologues, quand ce n’est pas des criminologues [atelier 13].

Le prix à payer est de plus en plus élevé si l’on y inclut la judiciarisation qui fait exploser les primes d’assurances des obstétriciens du privé et des sages-femmes libérales [atelier 2]. Il s’agit bien encore de dépense publique puisque la CNAM (autrement dit, les contribuables) propose, depuis 2002, de prendre en charge les 2/3 des primes d’assurance des gynécologues-obstétriciens concernés.

Le coût de la périnatalité devrait donc englober tous les aspects précités, sans oublier les facteurs non quantifiables ni ceux oblitérés par les protocoles d’évaluation. Ainsi, pour la France qui utilise encore la classification internationale des maladies CIM-9 de l’OMS pour définir la mortalité maternelle, la principale cause des décès comptabilisés pendant la grossesse ou 42 jours suivant la naissance serait l’hémorragie post-partum. Par contre, au Royaume-Uni, selon la classification CIM-10 qui prolonge l’observation aux 12 mois suivant la naissance, c’est le suicide maternel qui vient en tête. Mis en exergue par les médias, ces chiffres (qui restent très faibles, 9 à 13 pour 100 000 naissances vivantes) orientent significativement les politiques périnatales. En octobre 2004, le Conseil scientifique de l’ANAES (Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé) a réuni un groupe de travail sur la prévention de l’hémorragie post-partum pour lequel le CNGOF (Collège national des gynécologues et obstétriciens français) avait émis une proposition de recommandations de pratique clinique. Le représentant du CIANE a fait part des réserves des usagers sur l’utilisation abusive du terme « prévention », demandant que soient pris en compte tous les actes médicaux réalisés en amont : perfusion d’ocytociques, immobilisation des parturientes, déclenchement etc. Le Conseil scientifique a accueilli favorablement cette objection en demandant une étude complémentaire. Le CIANE est intervenu auprès de la CNAMTS pour faire financer cette étude qui est en phase de lancement dans une unité de l’INSERM.

Démocratie et co-responsabilité

La prise de position du CIANE au sujet de la prévention de l’hémorragie post-partum est un exemple du rôle de contre-expertise que peuvent être amenés à jouer les représentants d’usagers dans les instances de décision. Il s’agit en fait d’accueillir toute expertise avec un regard critique qui est aussi bien celui des scientifiques que des citoyens en démocratie.

Science et démocratie ne peuvent exister autrement que dans l’examen contradictoire de faits théoriques et de propositions. Les deux vont de pair. C’est ce qui explique que les idéologies démobilisatrices (New Age, créationnisme, etc.) tentent de disqualifier dans le même amalgame « science » et « politique ». Dans ce culte de l’individualisme consumériste, ces objets « prêts à penser » que sont les croyances et les opinions permettent de museler toute pensée critique au bénéfice d’une tolérance passive déguisée en liberté. Mais il ne faut pas perdre de vue que la raison principale des dénonciations de conspiration entre science et politique est le mauvais usage que ces dernières font des experts lorsqu’elles s’adressent au public.

Pour réhabiliter la science et la démocratie au bénéfice des citoyens, il faudrait donc en finir avec les experts abusivement désignés comme « indépendants » qui en appellent à l’autorité de la preuve, avec pour corrélat l’incompétence des non-scientifiques. […] Apprendre à oser poser la question « en quoi ce que vous proposez est-il pertinent pour notre problème ? » est une façon de démoraliser le pouvoir. […] Si un expert désigné oublie si facilement de demander où sont ses co-experts, si un scientifique subventionné parce que ses recherches sont reconnues comme « intéressantes » oublie si facilement la question très concrète de savoir « qui » elles intéressent et où sont les autres recherches qui devraient prendre en compte ce que sa démarche lui impose d’ignorer, ce n’est pas en général parce qu’ils sont malhonnêtes ou irresponsables, c’est avant tout parce que, comme les citoyens eux-mêmes, ils ont appris à honorer l’image d’une vérité qui triomphe de l’opinion, l’image d’une science qui donne ses réponses aux questions des hommes (Isabelle Stengers, Sciences et pouvoirs, la démocratie face à la technoscience, La découverte, 2002, p. 87, 113-4).

Poser la question de la pertinence des propositions des experts permet d’éviter l’écueil d’une récupération démagogique de la parole des citoyens sous le couvert de démocratie participative « descendante », où les « gens d’en bas » sont invités à répondre aux questions posées par les « gens d’en haut ». Le schéma proposé ici est plutôt celui de l’approche coopérative (active democracy, voir B. Bel, Approche participative, approche coopérative http://vcda.ws/docs/ParticipationCooperation.pdf)

Au-delà du risque médical que les études épidémiologiques s’efforcent d’évaluer, il est important d’instaurer un débat entre professionnels et parents-citoyens sur la médecine factuelle et le risque juridique [atelier 17]. Il est fréquemment reproché aux gynécologues-obstétriciens de déployer le « parapluie du médico-légal » pour refuser la prise en charge moins médicalisée d’un accouchement dans un situation dite « à risques » : antécédent de césarienne, présentation par le siège, etc. [atelier 12]. Or, la jurisprudence montre que minimiser le risque juridique implique une coopération effective entre l’équipe soignante et l’usager. Toute décision devrait être prise par un patient pleinement informé des risques et bénéfices de l’intervention médicale, et la preuve de cette recherche du consentement devrait être consignée par écrit. (cf. Bernard Séguy, Prévenir le risque juridique en obstétrique, Masson 2006.)

Envisager le risque juridique sous cet angle revient à responsabiliser les parents dans leur projet de naissance, autrement dit à […] substituer à l’accompagnement pédagogique la co-responsabilité constructive. La co-responsabilité a une grande part pour que la grossesse et l’accouchement soient une excuse pour apprendre à vivre (Corinne Marie, Compte-rendu intégral des Rencontres de Perpignan, 2-5 mai 1991, Mieux naître, 1-2, ADER, 1991, p. 49 http://www.quellenaissancedemain.info/content/view/129/).

Une information tronquée ou inexacte peut avoir des conséquences dramatiques sur la prise de décision des femmes enceintes, comme on le verra au sujet du dépistage des trisomies [atelier 9]. La préparation à l’accouchement (réduite à peau de chagrin au motif de restrictions budgétaires) ne devrait pas se limiter à un conditionnement (souvent perçu comme infantilisant) des femmes enceintes, délivré uniquement par le corps médical. Les associations ont encore ici un rôle à jouer, comme dans d’autres secteurs de la vie familiale et de la périnatalité : contraception [atelier 8], allaitement maternel [atelier 16], « devenir parent » [atelier 14]…

Sages-femmes, accompagnantes, lieux de naissance

Selon le modèle irlandais des années 1970, le travail était dirigé par une sage-femme présente auprès de chaque parturiente pendant toute la durée de l’accouchement. Mais cette disposition a été abandonnée lorsque le protocole a été adapté au modèle nord-américain pour être ensuite réimporté en Europe. La place de la sage-femme auprès de la femme enceinte a été considérablement réduite et les effectifs de ces professionnel(le)s de santé ont décru au bénéfice d’une surveillance purement technologique. Ce rôle d’accompagnatrice est aujourd’hui réaffirmé et revendiqué, en France, face au numerus clausus et consécutivement à l’annonce de l’arrivée sur le « marché » de doulas ou accompagnantes à la naissance [atelier 3].

En 1992, l’avis du comité d'experts Changing Childbirth devant la commission permanente de périnatalité au parlement du Royaume-Uni suggérait de privilégier l’accompagnement global (continuity of care) en rappelant que c’est le rôle essentiel de la sage-femme. Il suggérait aussi, études à l’appui, d’abandonner la politique de fermeture des petites maternités pour motif présumé de sécurité. Aujourd’hui, pour une population équivalente à celle de la France, le nombre de sages-femmes est presque trois fois plus élevé au Royaume-Uni, et le ministère de la santé britannique a récemment déclaré qu’il faudrait former environ 10 000 sages-femmes de plus pour subvenir aux besoins des usagers (voir http://www.ciane.info/article-2872974.html).

Ces besoins incluent l’accouchement à domicile (AAD), objet de l’attention favorable des pouvoirs publics depuis que le même rapport a conclu qu’on ne peut pas inciter toutes les femmes à accoucher à l'hôpital pour des raisons de sécurité. Le taux d’AAD a dépassé 2% au Royaume-Uni, et il ne cesse d’augmenter, ayant atteint 20% dans des villes comme Torbay. Au Pays de Galles, plusieurs villes en sont à 20% et la proportion de 10% a été prise comme objectif sur l’ensemble du territoire (Key principle 1.3, Briefing Paper 4, Delivering the Future in Wales: A Framework for Realizing the Potential of Midwives in Wales, Welsh Assembly Government, juin 2002). Ces taux se rapprochent de ceux des Pays-Bas où l’AAD connaît un regain (33%) après une période de préférence pour des établissements apparentés à des maisons de naissance.

En France, la question de l’accouchement à domicile a été évoquée (en 2004) par un cadre de la CNAMTS, à l’occasion de réunions informelles avec des représentants du CIANE. Une étude comparative avec les pays limitrophes serait d’une grande utilité, sachant que cette pratique contribue à la réduction des coûts pour une plus grande satisfaction des usagers.

Des alternatives ?

Impuissants à enrayer la machine obstétricale, les parents rejettent (parfois radicalement) toute idée de médicalisation. Une proportion croissante se tournent vers des pratiques de santé « alternatives » validées ou non par des méthodes scientifiques : naturopathie, ostéopathie, acupuncture etc. Débattre sur leur légitimité reviendait à n’envisager ce phénomène de société que sous l’angle du pouvoir médical et de la régulation professionnelle, sous le couvert de « protection du public ». Il sera par contre intéressant d’engager une discusssion à propos des systèmes de croyances et de la notion d’autonomie du « patient-citoyen » dans ses rapports avec tous les professionnels de santé [atelier 20].

L’avenir

Le CIANE tient à réaffirmer que les changements attendus dans le domaine de la périnatalité ne verront le jour qu’avec une prise de conscience des problèmes à plus grande échelle. Un chemin considérable a déjà été parcouru, depuis la tenue des EGN en 2003, dans le sens d’une plus grande transparence démocratique, parfois au prix de rapports de force inhérents à tout débat politique. Il est temps de dresser un bilan des actions entreprises pour repartir sur de nouvelles bases.

Un des facteurs de changement est la formation des professionnels. Il est de bon augure pour la qualité des travaux que la majorité des inscrits aux États généraux de la naissance soient des sages-femmes ou étudiant(e)s sages-femmes. (Plusieurs enseignantes d’écoles de sages-femmes ont aussi annoncé leur participation.) Un appel a été lancé pour valoriser les travaux des jeunes diplômé(e)s. Six mémoires de fin d’études, dont les problématiques sont proches de celles des parents, ont été mis à disposition du public en texte intégral (voir site web) et feront l’objet d’un échange constructif [atelier 19].

Ouverture

Le Comité d’organisation des États généraux de la naissance ne saurait se substituer à l’ensemble des participants (plus de 350 attendus à ce jour) pour définir les problématiques de cette rencontre. Les 20 ateliers thématiques programmés sont le fruit de plusieurs mois de travail de défrichage et de centaines de messages échangés avec des usagers, responsables associatifs, praticiens de santé et scientifiques. Néanmoins, des thèmes importants (on pourrait citer la maternité des femmes séropositives) n’ont pas été préparés, faute de propositions. C’est pourquoi un espace de forum ouvert (Open Space) a été prévu pour faciliter l’émergence de questions nouvelles et la formulation de propositions qui feront l’objet d’une convergence avec celles des ateliers thématiques.


Bernard Bel
Comité d’organisation
États Généraux de la Naissance
Châteauroux, 22-24 septembre 2006
http://www.quellenaissancedemain.info/
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Jeudi 3 août 2006 4 03 /08 /2006 13:12
- Par Christiane Jeanvoine - Publié dans : TRIBUNE LIBRE
(Commentaire à la réponse du CIANE à L'EXPRESS)

Dommage que les sages-femmes n'aient pas compris que l'irruption des doulas... avec l'accord et à la demande des parents... vient combler une place manquante que les sages-femmes... ont méprisé un tant soit peu, et je redis bien que ceci et le résultat de cela. C'est faire preuve d'une étroitesse d'esprit et d'une non reconnaissaissance et non assumation de ce que les professionnelles sages-femmes ont elles-mêmes généré en n'écoutant pas et en ne répondant pas à la demande des usagers.

Je constate que le CIANE fait preuve d'une ouverture d'esprit et d'une recherche de dialogue qui manque hélas aux professionnelles qui ne veulent pas entendre les usagers, sans doute par peur.

Que les doulas cherchent à se faire reconnaître professionnellement est un atout en leur faveur et qu'elles se fassent payer honnêtement (le prix à payer ne représente que la valeur du service rendu et avéré). Même si je déplore d'une certaine façon l'apparition de cette nouvelle profession, parce que les sages-femmes essaient de faire par leur présence un accompagnement lors des accouchements et naissances (quand elles ne peuvent gérer elles-mêmes les accouchements faute d'accès à des plateaux techniques), je pense que cela donne de la valeur et une certaine reconnaissance à cette présence soutenante et à cet accompagnement que personne (sauf les usagers) ne veut valoriser ou reconnaître... Il n'existe en effet aucune cotation de cet acte pour les sages-femmes (le Conseil de l'Ordre National des Sages-femmes n'ayant pas jugé bon de faire cette demande auprès des instances concernées).

Je regrette beaucoup que ce débat n'ait pas lieu mais il ne fait que mettre en exergue le refus de questionnements et de réflexions des professionnelles sur leurs propres pratiques.

Cordialement.

Christiane Jeanvoine
Sage-femme, docteur en médecine

(Voir réponse de Marie Josée KELLER)
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Mardi 9 mai 2006 2 09 /05 /2006 16:05
- Par Blandine Poitel - Publié dans : TRIBUNE LIBRE

Quand le CIANE a demandé une RPC sur l’épisiotomie, il était évident pour nous qu’il serait participant et mentionné comme promoteur de cette RPC.
Or, suite à des prétextes administratifs de transformation de l’ANAES en HAS, cette RPC a été kidnappée par le CNGOF. Exit le CIANE.

Il a eu droit à un maigre strapontin de relecteur ; il a malgré tout, fourni un travail soigné, étayé, argumenté, référencé de plusieurs dizaines de pages dans le but que les études compilées par les groupes de travail soient portées à leur conclusion logique. Même si cette logique affirmait que cela faisait 20 ans que les médecins et sages femmes coupaient le sexe des femmes pour RIEN, sur des croyances et des dogmes.

20 ans d’épisiotomies inutiles, messieurs, mesdames les professionnels, vous avez une idée de la somme de souffrances sans aucune justification thérapeutique que cela peut représenter ? N’aurait-il pas été respectueux, éthique, déontologique, envers toutes ces femmes coupées pour rien, de reconnaître au moins leurs souffrances, et reconnaître que vous vous étiez trompés dans les grandes largeurs ?

Le CIANE a appris la publication des RPC par voie de presse et, cerise sur le gâteau, il a constaté avec stupéfaction que le promoteur de ces RPC était le CNGOF. Transparence ? Collaboration ? Participation des usagers ? DES MOTS ! Des coques vides et sans signification.

Nous nous sommes laissé manipuler, comme des enfants de chœur, naïfs, crédules jusqu’à la stupidité. Nous VOUS avons fait confiance, parce qu’il était impensable et inimaginable :
- que le CNGOF s’adjuge indûment et publiquement la décision de faire des RPC sur l’épisiotomie,
- qu’il n’y ait pas débat suite au document de commentaires envoyé par le CIANE,
- de ne pas tirer les conclusions logiques et évidentes des études utilisées pour ces RPC...
- et SURTOUT que des femmes continuent d’être coupées pour rien, ou plutôt parce que personne n’a le courage et la lucidité de dire les choses ni de faire ce qui serait nécessaire et cohérent, déontologique et éthique.

Le CIANE a demandé d’autres RPC... dont celles de l’expression abdominale, du déclenchement...

Le document de synthèse que vous nous avez communiqué sur l’expression abdominale a été lu avec beaucoup d’attention. Et de nouveau, nous sentons se dessiner exactement les mêmes travers, biais et reculs que pour les RPC épisiotomie, en pire.

L’expression abdominale a été mise sur la sellette à travers les études. Soit. Mais il semblerait que ces études soient étonnement pauvres et loin de la réalité quant à la pratique REELLE de l’expression abdominale telle que vécue par les femmes.

En effet, les études parlent de : "pression délicate... avec une main sur le fond utérin et selon un angle.. ferme... constante... force externe appliquée..."

Mais les témoignages relatent :
- une (ou deux) personne qui appuie son (ou alternativement ou ensemble leurs) avant bras en travers de l’abdomen, partant sous les côtes et poussant de toutes ses (leurs) forces vers le bas
- une personne couchée en travers de la femme et pesant de tout son poids
- une personne assise à cheval sur le ventre et poussant avec les fesses pour projeter le bébé vers la sortie
- une personne debout sur un tabouret et qui pèse de tout son poids sur le ventre de la femme, en partant des côtes
- deux personnes qui tirent sur un drap ceignant le ventre de la femme…

Il semblerait que les études parlent de pratiques qui devraient avoir idéalement lieu, et qui n’ont pas lieu dans la réalité pour bien trop de femmes.

S’il n’est pris en compte que ce qui est décrit par les trop rares études, alors les RPC risquent fort de passer à côté de leur objectif, à savoir valider ou non une pratique, compte tenu de sa potentielle iatrogénicité et bénéfices escomptés, puisque les RPC parleront d’une pratique qui ne correspond pas à ce qui est réellement fait.

Ce qui est le plus inquiétant étant que même dans des conditions idéales de pratique telle que déclinées par les études, l’expression abdominale semble causer des dégâts parfois importants sur la femme et le bébé. Qu’en est-il alors vraiment dans des conditions de pratiques réelles ?

Le CIANE s’inquiète aussi à propos de l’affirmation de l’Ordre des sages femmes qui dit que si les sages femmes pouvaient utiliser une ventouse, le recours à ce l’expression abdominale serait plus rare. Or cette proposition, c’est tomber de Charybde en Scylla pour les femmes et les bébés. A choisir, qu’est ce qui est pire ? la ventouse n’est pas si anodine que ça, il faut entendre les bébés hurler de douleur, parfois des jours après leur extraction pour s’en convaincre… et ce geste n’est pas anodin non plus pour la femme…
De plus, qu’est ce qui dit que le fait d’utiliser la ventouse exclura ipso facto l’emploi d’expression abdominale ?

Les sages femmes n’ont pas à pratiquer des accouchements pathologiques. Ce n’est pas leur rôle, ni leur formation. Si nécessité de recours à la ventouse avec ou sans épisiotomie, c’est l’obstétricien qui doit œuvrer.

Remarques sur la note de synthèse :

• Une fois de plus, comme lors des précédentes RPC (HPP, épisiotomie), on prend en compte les conséquences, et pas les causes. Les conséquences : épuisement maternel, dystocie, souffrances fœtales, conduisant à devoir sortir bébé vite, sans une seule seconde d’arrêt et de réflexion sur les POURQUOI… Sur ce qui a amené à ces dystocie, épuisement, souffrances fœtales… Une fois de plus, la HAS est amenée à statuer sur des gestes iatrogènes qui sont induits par une situation qui n’a pas lieu d’être aussi fréquemment quand les conditions physiologiques sont respectées.
• Pas un mot sur l’information à donner à la patiente sur ce geste, et sur le recueil impératif de son consentement : or si ces conditions ne sont pas respectées, les praticiens peuvent être tout à fait justement CONDAMNES (indépendamment de l’issue de l’accouchement et des séquelles ou non).
• Il me semble que des conséquences de l’expression abdominale telles que fractures de côtes maternelles, hématomes et douleurs qui durent une semaine voire plus, prolapsus ne sont pas mentionnées.
• Pourquoi n’est-il pas dit UN MOT de l’expression abdominale utilisée après l’accouchement, soit pour extraire le placenta soit pour "faire sortir les caillots" ? Le CIANE a bien demandé une saisine sur les phases II et III du travail. Alors pourquoi ce geste effectué lors du stade III n’est-il pas étudié ?
• Le document de cadrage relève avec justesse que ce geste n’est pas souvent noté dans le dossier médical, ce qui est inadmissible. Mais il faut aller plus loin : il faut que ce geste et une explication de la pratique réelle du geste (noter "expression abdominale" dans le dossier médical est plus qu’insuffisant. Il est impératif de mentionner ce qui a été fait exactement, à combien de personnes, pourquoi, durant combien de temps) soient inscrit clairement dans le dossier médical.
• Les conclusions de ce rapport sont plus que tièdes… Il nous semble que vu que la littérature n’a montré aucun bénéfice à cette pratique et beaucoup d’inconvénients parfois gravissimes, la voie à suivre est tracée : la proscrire des pratiques obstétricales.

Gilles Gaebel a participé le 25.04.2006 à une réunion à la HAS pour discuter sur les notes de cadrage concernant les différentes demandes de RPC du CIANE. Il a fait ce commentaire sur la liste de discussion du CIANE :

"Par décision du CTP (Comité technique Permanent), faute de bibliographie suffisante (pour justifier sa large pratique dans une quasi illégitimité
à défaut d’encadrement et de transparence), le Comité d’Organisation, présidé par Bruno CARBONNE, va statuer par une Conférence de Consensus Formalisé, ne comprenant que des professionnels (Gynécobs et SF)."

Il est hors de question qu’un geste potentiellement aussi grave soit ainsi traité "par-dessus la jambe".

Il est hors de question de ne pas dire ce qu’il en est réellement : ce geste n’apporte aucun bénéfice, et est à fort potentiel d’effets nocifs

Il est hors de question que cela se passe "en douce", de façon opaque, que ne soient pas rendues publique et les études, et leur conclusion logique

Il est hors de question que ne soient pas entendus les usagers, et que ne soient pas invités les pédiatres qui ont plus que leur mot à dire sur le sujet.

Une étude intéressante "Fundal pressure during the second stage of labor" - Simpson KR, Knox GE. (St. John’s Mercy Medical Center, Women and Children’s Care Center, St. Louis, Missouri, USA. KRSimpson(arobase)prodigy.net), publiée sur : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/entrez/query.fcgi?cmd=Retrieve&db=PubMed&list_uids=11265438&dopt=Abstract

explique que :

"Much of the data about maternal-fetal injuries related to fundal pressure are not published for medical-legal reasons; however, anecdotal reports suggest that these risks exist. Unfortunately, it is therefore difficult to quantify with any degree of accuracy the exact number of maternal-fetal injuries that are directly related to use of fundal pressure to shorten an otherwise normal second stage of labor. However, there is enough evidence to suggest that if injury does occur when fundal pressure is used, there are significant medical-legal implications for the health care providers involved."

ce qui signifie - pour les non anglophones - :

"Une grande partie des données concernant les blessures materno-fœtales en relation avec l’expression abdominale n’est pas publiée et ce pour des raisons médico-légales, en revanche, des récits anecdotiques suggèrent que les risques existent. Malheureusement, il est difficile de quantifier précisément le nombre exact de blessures materno-fœtales lorsque l’expression abdominale est utilisée pour raccourcir la deuxième phase d’un accouchement normal. Il y a cependant suffisamment de preuves qui suggèrent que si la blessure a lieu suite à l’utilisation de l’expression abdominale, les implications médico-légales pour les professionnels de santé sont tout à fait signifiantes."

Il semble que les choses soient claires :

• La loi exige l’information claire, honnête et fiable, et le recueil du consentement éclairé, pour tout acte posé sur le corps de la femme ;
• Comme il est hors de question d’informer dans l’urgence, il est indispensable de le faire durant la grossesse — en n’omettant pas d’informer sur la iatrogénicité de la position en décubitus dorsal, de la péridurale, des ocytociques... qui sont sources de nombre de dystocie, de souffrances fœtales et d’épuisement maternel, situations conduisant tout droit à l’emploi de méthodes plus invasives, brutales pour faire sortir le bébé) ;
• De même, tout acte DOIT être noté dans le dossier médical, de façon détaillée, et avec le POURQUOI.

En conséquence, la nocivité de l’expression abdominale et ses répercussions parfois dramatiques pourraient donner lieu à une recrudescence de procès.

La seule façon de les éviter est de promulguer des RPC claires et nettes sur ce sujet, proscrivant son emploi.

Notre plus grand souhait et notre raison d’être est de participer et collaborer avec les divers collèges, syndicats et organismes professionnels afin de participer activement à une amélioration constante des pratiques autour de la naissance. Mais cette collaboration ne s’entend aucunement par un strapontin invisible où le seul rôle de l’usager est de cautionner par sa présence silencieuse ce qui est décidé par "ceux qui savent".

Blandine Poitel
Co fondatrice du CIANE
Co coordinatrice du projet EGN 2006
Membre de l’AFAR
Fondatrice de : http://fr.groups.yahoo.com/group/soutien-episiotomie/
http://www.episiotomie.info/
http://blog.doctissimo.fr/infosaccouchement/
http://www.algidoux.info/

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Vendredi 31 mars 2006 5 31 /03 /2006 00:00
- Par Bernard Bel - Publié dans : TRIBUNE LIBRE
Médecins du Monde lance une pétition pour demander le retrait immédiat de la circulaire du 21 février 2006.

La circulaire ministérielle du 21 février 2006[1], adressée aux préfets et procureurs, explique dans les moindres détails les modalités d’interpellation des personnes sans titre de séjour. Elle mentionne les lieux où peuvent être effectuées les interpellations : les hôpitaux, les blocs opératoires, les centres d’accueil pour toxicomanes, ou encore les salles d’attentes et halls d’accueil, les sièges d’associations, les foyers et centres d’hébergement.

Cette circulaire remet en cause les principes fondateurs de la déontologie médicale, à commencer par la règle tacite mais admise qui protège les patients dans les lieux de soins, qui exercent une mission de santé publique. En allant jusqu’à évoquer la possibilité d’interpellation au bloc opératoire, la circulaire indique qu’aucun lieu n’est plus protégé.

Le droit aux soins est inscrit dans le préambule de la constitution française. C’est un droit fondamental de la personne humaine. Il ne doit jamais être utilisé à d’autres fins que la préservation de la santé.

Nous, soignants, hospitaliers, libéraux, associatifs, refusons expressément aux forces de l’ordre l’entrée dans nos salles d’attente ou halls d’accueil pour y procéder à des contrôles ou interpellations.

Nous, soignants, hospitaliers, libéraux, associatifs, continuerons quoi qu’il arrive à accueillir tout patient pour les soins dont il a besoin en respectant notre serment d’Hippocrate.

Nous, citoyens, refusons la remise en cause de ces principes fondamentaux et demandons le retrait immédiat de cette circulaire.

Médecins du Monde appelle tous les professionnels de santé, les syndicats et les citoyens à rejoindre cet appel en signant notre pétition sur le site :

http://www.medecinsdumonde.org

Contact Presse : Florence Priolet / Annabelle Quénet
Tél : 01 44 92 14 31 / 14.32

[1] Circulaire signée par Messieurs Clément et Sarkozy n° NOR : JUSD06030020C - CRIM.06.5/E1-21.02.2006. Objet : conditions de l’interpellation d’un étranger en situation irrégulière, garde à vue de l’étranger en situation irrégulière, réponses pénales.
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Jeudi 2 mars 2006 4 02 /03 /2006 17:00
- Par CIANE - Publié dans : TRIBUNE LIBRE
Bernard Bel, secrétaire de l’AFAR, docteur en sciences

See English version below

(Les articles de cette rubrique n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement la politique du CIANE.)

Le Collège National des Gynécologues-Obstétriciens de France (CNGOF) a publié le 30 novembre 2005 ses recommandations de pratique clinique (RPC) concernant l’épisiotomie.

En mai 2004, un groupe d’usagers avait lancé la première Semaine Mondiale pour l’Accouchement Respecté sur ce thème. À l’époque, il était impossible d’aborder le sujet dans la presse. De courageuses militantes qui témoignaient de cet abus médical sur les forums publics (modérés pour la plupart par des médecins ou des sages-femmes) avaient été censurées ou exclues. Un message diffusée sur la liste des Chiennes de Garde avait suscité des réactions mitigées et la clôture rapide du fil de discussion. Une élue parisienne avait même tenté de couper toute aide municipale à une association qui avait, pour sa fête annuelle, osé accueillir un stand où était distribué un tract sur l’épisiotomie. (Lequel portait en médaillon, il est vrai, une photo de suture.) « Il ne faut pas faire peur aux femmes ! » Cette dame qui porte le même nom qu’un ancien ministre de la culture m’a inspiré une image de substitution symbolisant le déni de la parole des usagers. L’épisiotomie n’était pas un sujet à l’ordre du jour, point barre… Il reste que la conférence de Beverley Beech (présidente d’AIMS) à Paris avait bien contribué à mobiliser l’opinion publique sur ce sujet.

Par la suite, le CIANE a écrit au Ministre de la santé, le 2/07/2004, pour demander une saisine de l’ANAES (Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé) au sujet de l'épisiotomie (voir document). Cette initiative a bénéficié du soutien de la CNAM et du CNGOF. Ensuite, l’ANAES a été remplacée par la Haute autorité de santé (HAS, dont le comité périnatalité, lors de sa réunion du 24 mai 2005, a sélectionné parmi les objectifs prioritaires la rédaction d’une RPC sur l’épisiotomie (demandeurs : CIANE, CNAMTS et CNGOF).

Peu après, le CNGOF a décidé de faire cavalier seul, mais aucun membre du CIANE n’a accepté de siéger dans un groupe de travail qui n’émanerait pas de la HAS. Le président du groupe de travail a toutefois soumis à des membres du CIANE ses documents de travail. Un autre groupe constitué au CIANE lui a donc remis, le 27 septembre, un document de synthèse, rendu public sur le site du CIANE.

Aucun article de presse, aucune déclaration publique, ne mentionne la contribution des usagers. D’ailleurs, le texte de la RPC réitère des incohérences que nous avions signalées dans notre document. Comme par exemple le paragraphe « Comment pourrait-on réduire le taux global d’épisiotomies dans notre pays ? » où les auteurs se contentent de parler de prévention « de l’épisiotomie » au lieu de celle des déchirures périnéales. Glissement sémantique qui perdure dans le monde médical français, avec le mythe de l’épisiotomie prophylactique « protectrice du périnée ». Le fait même de suggérer un taux « raisonnable » d’épisiotomies « en dessous de 30 % des accouchements par voie basse » indique que les auteurs n’ont tenu aucun compte de la littérature scientifique. Aucun des 230 articles dont nous avons mis en ligne les références ne justifie ce seuil de 30%. Le Royaume-Uni en est à 13%, pour la simple raison que les épisiotomies n’y sont pratiquées qu’à l’occasion d’extractions instrumentales difficiles (entre autres les présentations par le siège). La Suède en est à environ 6% avec les meilleurs taux de périnées intacts. Je ne dirai rien sur les moins de 1% des sages-femmes exerçant à domicile, le sujet étant encore tabou en France.

Je suis scandalisé par un tel manque de professionnalisme, le mépris du consentement éclairé des femmes (voir l’article L 1111-4 du Code de la santé publique) et la manipulation médiatique à laquelle se livre un corps professionnel par ailleurs digne de respect.

Le texte de la RPC conclut : « Dans toutes ces situations obstétricales spécifiques, une épisiotomie peut être judicieuse sur la base de l’expertise clinique de l’accoucheur. » Aujourd’hui, aucun médecin, aucune sage-femme ne reconnaît pratiquer une épisiotomie en dehors d’une indication médicale. Alors, comment imaginer que, par magie, le taux national pourrait passer de 47% à 30%, puis en dessous ? À mon avis, ce n’est pas la prétendue « expertise clinique » qui fera baisser le taux — nous savons maintenant ce dont sont capables les experts — mais la peur d’un procès. Plusieurs affaires sont en cours (via le Collectif épisiotomie) et nous veillerons à les médiatiser.

(Pour plus d’informations, site « Épisiotomie »)




Users are bastards

Bernard Bel, secretary of AFAR, PhD in science

(Papers in this section only reflect the opinions of their authors, not CIANE’s policy.)

On November 30, 2005, the French National College of Gynecologists-Obstetricians (CNGOF) published a new recommendation for the clinical practice of episiotomy (RPC).

In May 2004, a group of users had launched the first World Respected Childbirth Week on the theme of episiotomy. In those days, it was impossible to have a paper published in the press on this topic. A few activists daring to share their experience of this medical malpractice on public forums (most of which were moderated by doctors or midwives) had been censored or excluded. A message on the mailing list of the feminist group Chiennes de Garde had prompted mixed reactions and the discussion thread was quickly exhausted. A member of the municipal committee in Paris had even tried to cut their support to a non-profit society daring to shelter a stand of its annual festival on which a flyer about episiotomy was available. (It is true that the flyer also contained the picture of a suture.) “You shouldn’t frighten women!” Since this lady bears a name sounding like “Mrs. Tongue”, I felt inspired to design an alternative picture emphasizing the denial of users’ speech. Episiotomy was not a topic in France, fullstop… It remains that (AIMS president) Beverley Beech’s lecture in Paris had been quite effective in launching a public awareness of the problem.

Following this, our CIANE collective wrote to the French health minister, on July 2, 2004, to submit the request for a RPC on episiotomy to ANAES (currently the agency for medical accreditation and evaluation). This request was supported by CNGOF and CNAMTS (the national health insurance of wage earners). Later on, ANAES was replaced by HAS (the high autority on health). On its first meeting on 24 May 2005, HAS perinatality committee selected among its priority tasks the redaction of a RPC on episiotomy. This was again recorded as a joint request of CIANE, CNAMTS and CNGOF.

Soon after this, CNGOF decided to go it alone, but no member of CIANE would accept to sit in a committte that was not under the independent banner of HAS. Nonetheless, the head of the committee forwarded their work documents to CIANE members, so that (on 27 September) a work group of CIANE returned a 15-page comment of the work material. (This report was also published on the CIANE website.)

No press article, no public statement ever mentioned the contribution of users groups to this work. Besides, the RPC maintains unchanged inconsistencies that we had pointed out in our report. Thus, for instance, under the title “How could we reduce the rate of episiotomies in our country?”, authors feel satisfied talking about the prevention “of episiotomy” instead of that of perineal tears. This semantic shift is recurrent in French medical circles, as a reinforcement of the myth of prophylactic episotomy “protecting the perineum”. The very fact that authors suggested that a “reasonable” episiotomy rate should be “under 30% of vaginal births” makes it clear that authors did not take into account scientific literature. None of the 230 articles referenced in our on-line database supports this 30% threshold. The United Kingdom is down to 13% for the simple reason that episiotomy is only practised in problematic instrumental deliveries (among which breech presentations). Sweden is down to about 6% with the best rate of intact perineum. I will not say a word about the less than 1% in homebirth midwifery practice, since it is still a taboo topic in France.

I feel outraged by this lack of professionalism, the denial of the informed consent of women (as per article L 1111-4 of our health regulations) and the mediatic manipulation played by a professional body which otherwise deserves our respect.

The text of the RPC concludes: “In all these specific obstetrical situations, an episiotomy might be a right option, based on the clinical expertise of the birth attendant.” Today, no doctor and no midwife would ever acknowledge that s/he is practising episiotomies in the absence of a medical indication for it. How can we imagine that the national rate will magically fall from 47% to 30%, and further lower? My bet is that it will not decrease because of “clinical expertise” — we have seen what expertise stands for — but because if the fear of litigation. Several court cases are being filed (thanks to Collectif épisiotomie and we will take care of giving them full mediatic support.

(More on the French Episiotomy website)
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