TRIBUNE LIBRE

Lundi 30 juillet 2007 1 30 /07 /2007 20:28
- Par CIANE - Publié dans : TRIBUNE LIBRE
Article paru sur Agoravox, un "média citoyen" :

Le journal "Le Monde" a annoncé, samedi 21 juillet, l’interruption du projet d’expérimentation des maisons de naissance. Lila Rozé, du blog Bébé, s’en félicite. Éloigner la naissance de l’équipement médical, affirme-t-elle, c’est faire courir un risque énorme à la mère et au bébé.

Lila Rozé se fait ainsi l’écho d’une certaine opinion publique, qui est aussi celle des obstétriciens. "La sécurité passe par la médicalisation", répondent les professeurs J. Lansac et B. Carbonne à un article de la magistrate Viviana Salomé paru dans la revue Prescrire de mars 2005.

La sécurité des accouchements passe-t-elle par leur médicalisation ?

On peut le penser, mais les épidémiologistes et les chercheurs ne l’ont pas prouvé.

[...]

Lire la suite et débattre sur :
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=27403
Partager     - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire
Samedi 2 juin 2007 6 02 /06 /2007 18:40
- Par CIANE - Publié dans : TRIBUNE LIBRE
Table ronde du 31 mai 2007
25e Journées de Gynécologie de Nice et de la Côte d’Azur, Saint-Laurent-du-Var (06)

Intervention de Bernard Bel, porte-parole du CIANE.

À qui appartient l’accouchement ? J’ai posé cette question sur plusieurs listes de discussion : la liste Naissance, la liste publique Re-Co-Naissances, la liste de l’AFAR, celle du CIANE et une liste de représentants d’usagers dans les instances du système de santé. Le jeu consistait à recueillir à la fois des points de vue personnels et d’autres qui émanaient d’une réflexion collective, chacun essayant de « problématiser » la question pour tenir compte des divers acteurs en présence.

Réponse à chaud : « Cette question est idiote, l’accouchement n’appartient à personne ! »
Pourquoi faut-il que l’accouchement appartienne à quelqu’un ? Pour dire qui a le droit de décider, en dernier recours ? « L’accouchement appartient au médecin parce que c’est lui qui sait ce qui est mieux » contre « l’accouchement appartient à la mère parce que c’est son corps + la loi Kouchner » contre « l’accouchement appartient au bébé car c’est lui qui doit être prioritaire » ?
Réponse tiédie : « On m’a volé mon accouchement — avec des interventions abusives, la péridurale, le non-respect de mon intimité etc. » Ou encore : « J’ai réussi à me réapproprier cet événement tellement important — en accouchant à domicile, en étant accompagné par des professionnels respectueux etc. »
Aller contre la physiologie du travail, obliger une femme au jeûne, à se coucher, à rester immobile dans une position absurde — qui aurait l’idée de manger en faisant le poirier ? —, c’est délibérément faire preuve de méconnaissance et d’incompétence, de mépris de l’autre, de prise de pouvoir, de désir d’appropriation d’autrui et induire des problèmes qui nécessiteront alors l’intervention médicale : le serpent qui se mord la queue, ou le pompier pyromane.
Autrement dit, en déléguant une part de responsabilité les parents ont laissé le champ libre à divers modes d’appropriation. Une mère de sept enfants témoigne que c’est seulement après son dernier accouchement qu’elle s’est sentie habilitée à dire : « La naissance nous appartient ».

Réponse refroidie : « Parler de propriété est une manière indirecte de parler de responsabilité et de liberté. Qui est responsable de mon accouchement ? Quels sont mes droits ? »
De fait, l’accouchement appartient à la médecine dans la plupart des maternités en France. Pourquoi ? Une réponse c’est la peur antique de l’accouchement. Cette peur a été entérinée comme une vérité absolue, faisant de l’accouchement l’un des événements les plus dangereux de la vie. La médecine a donc évolué en ce sens, combattre le risque à tout prix, sans jamais remettre en cause l’axiome de départ, sans jamais se demander dans quelle mesure la peur ne serait pas parfois la cause des problèmes, tout particulièrement lors des accouchements particulièrement longs, ou douloureux, ou « dystociques » dans leur jargon. A l’heure actuelle la majorité des gens pensent comme ça.

Une autre réponse, c’est le résultat d’une vision scientifique déterministe qui nous vient du 19e siècle. Ça commence à dater, mais ça reste inscrit dans les mentalités. La troisième réponse serait l’appropriation du pouvoir de la procréation.
Les usagers parlent de liberté de choix, du droit à une information loyale, d’autonomie/compétence de la parturiente, de négociation du projet de naissance et de co-responsabilité.

De nombreuses divergences sont apparues dans les réponses. Même à l’intérieur d’un groupe de femmes et d’hommes particulièrement concernés par ces questions, ce groupe que les professionnels ont tendance à enfermer bien vite dans une case « écolos-bobos », « marginaux » etc., il y a une très grande diversité d’opinions et de désirs — donc, gardons-nous des raccourcis trop rapides ! D’autre part, nous reconnaissons une diversité encore plus grande dans la population en général. Je suis invité ici en tant que représentant du CIANE, c’est-à-dire d’un collectif qui se voudrait le porte-parole de tous les parents ou futurs parents, de tous les citoyens. Concrètement, mon objectif et celui du CIANE, ce n’est pas d’apporter une réponse univoque à la question posée, mais de réfléchir avec d’autres au sens que cette question peut avoir dans les différentes situations possibles. C’est ce que je vais faire dans ce qui suit.

En observant les mouvements qui militent en France pour une réforme profonde de la périnatalité, j’ai constaté qu’une dynamique nouvelle s’était amorcée en 2001, au moment où ce n’étaient plus seulement des femmes qui s’engageaient — souvent aux côtés de « leurs sages-femmes » — mais des couples, des fratries, des familles, sans distinction des rôles. Il faut signaler notamment que des hommes (mais pas tous les hommes !) se sont réapproprié l’enfantement au lieu de se cantonner à la place désignée par d’autres, que ce soit sur un strapontin en salle de naissance ou comme soutien du dos de leur compagne dans un accouchement « physiologique » sur un siège hollandais.

Les couples ont pris conscience du fait qu’en isolant la parturiente (légalement, seule « usagère » connue du service de maternité) le corps médical pouvait exercer un ascendant sur elle. Il n’y a pas si longtemps qu’on parlait « d’indocilité » de la parturiente dans le compte-rendu d’un congrès médical, ni qu’un osbtétricien semblait regretter sur le site d’une maternité grenobloise que « les femmes qui refusent la péridurale sont en général moins obéissantes ». Je rappelle aussi cet abus de pouvoir fréquemment exercé par des officiers d’état-civil qui refusent d’enregistrer une déclaration de naissance si le déclarant ne fournit pas un certificat médical, obligation qui ne figure nulle part dans le Code Civil.
Le melting pot de tout cela a produit un discours et une attitude médicale qui se posent en sauveurs : la médecine sait, et par ce savoir sauve la vie des femmes et des bébés. Comme le discours de peur est entretenu, il est logique que les familles se présentent dans l’idée d’être sauvées. À trop promettre la Lune les gens la demandent, et je pense que c’est là qu’on se prend les pieds dans le tapis de l’engrenage judiciaire auquel même les juges participent sans se rendre compte qu’il repose sur un présupposé erroné. Le travail à faire pour déconstruire puis reconstruire est donc énorme, car tout le monde est contaminé [par ce discours].
En effet,
À réfléchir aussi, l’éternelle question… Les gens du CIANE veulent grosso-modo que l’accouchement soit aux femmes, mais qu’en est-il réellement de la (vaste ?) majorité (?) silencieuse, celle-là même qui est bien contente d’accoucher en 12 heures sous péri et ocyto : « Tu te rends compte, 27 heures de travail, mais c’est hoooorriblement long ! » Que veulent vraiment les usagers ? Je sais ce que veut ma belle-sœur, en tout cas, et ce n’est pas la même chose que moi.
Face à l’évolution de la société et aux exigences citoyennes d’une partie (même très minoritaire) de la population, la médecine ne peut continuer à exercer son droit d’ingérence sur la procréation en brandissant l’étendard de la sécurité.

Cette prise de conscience de l’isolement et de l’infantilisation des parturientes aboutit inévitablement à des excès en sens inverse. Je vous renvoie aux réflexions que nous avons publiées récemment sur « le bon usage du projet de naissance ». Vous pourrez y constater que le rôle des associations d’usagers n’est pas de soutenir inconditionnellement les « bons parents » contre les « méchants professionnels », pas plus d’ailleurs que nous n’intervenons dans les luttes corporatistes entre médecins, sages-femmes, doulas etc.

Élargir la notion « d’usager » au-delà de son espace juridique (celui du contrat de soins axé exclusivement sur la femme enceinte) est certainement un premier pas vers une approche humaniste — plus que technicienne — des pratiques professionnelles.

Un homme sage-femme :
Il est peut-être de l’intelligence des professionnelLEs à tenter de distinguer s’ils ont devant eux/elles un couple responsable sachant déleguer [leur responsabilité] quand cela est vraiment nécessaire.
Une femme sage-femme :
Le premier pas n’est pas à exiger de l’autre mais à faire soi-même et le problème autour de la naissance est entièrement contenu dans l’obligatoire travail en équipe… L’équipe doit suivre le réglement et il est plus simple de suivre la loi « du plus fort »…
La médecine doit assumer pleinement sa fonction sociale, surtout dans ces pratiques fondatrices de lien social que sont l’accueil des nouveau-nés ou l’accompagnement des personnes en fin de vie. Mais en s’humanisant elle s’expose à des situations nouvelles pour lesquelles elle n’est pas techniquement outillée. Je pense notamment aux dérives communautaristes ou sectaires — les médias ont mis en avant les problèmes de transfusion sanguine ou de discrimination sexuelle. Le temps me manque pour aller plus loin dans cette analyse en soulignant le danger des amalgames popularisés par l’émergence d’une conscience écologique : médecines « alternatives », croyances « new-age » ou négationnistes, défiance de la rationalité. Les associations, les collectifs, les forums sur Internet ont un rôle considérable à jouer pour le développement d’une pensée critique.

Un autre défi posé par cette question « À qui appartient l’accouchement ? » est le mot « accouchement » lui-même. Celui-ci ne désigne qu’un moment particulier de ce que tout à l’heure j’ai appelé « enfantement ». La langue française est devenue très fragmentée pour tout ce qui touche à la périnatalité : grossesse, accouchement, premiers soins, période postnatale… Or cette fragmentation correspond à celle des actes médicaux et des intervenants qui prennent place au centre du vécu des futurs parents, et qui « prennent la tête » aussi de la majorité des jeunes femmes. « Elles ont besoin d’être rassurées » nous disent les professionnels… Certes. :-(

Celles et ceux qui ont vécu la période périnatale dans une parfaite continuité, à l’abri des bons et loyaux services d’une myriade de professionnels, ont une vision globale qui s’exprime par des mots comme « enfantement », le « giving birth » des anglophones ou « dar a luz » des hispanophones. À qui appartient l’enfantement ? Une telle question friserait l’absurde, comme si l’on demandait « à qui appartient la conception » ou « à qui appartient la grossesse »…

La maternologie nous a appris la distinction entre accouchement et naissance. La naissance est le lieu privilégié du vécu psychique du nouveau-né et de la construction de la parentalité. Certaines réponses étaient du type « La naissance appartient à l’enfant, mais l’accouchement à la mère, euh, au couple, euh, à la famille… » Mais encore, quid du nouveau-né en salle de réanimation ?

En filigrane de cette proposition de table-ronde, et de l’insistance — dont je tiens à remercier les organisateurs — sur la présence autour de cette table d’échantillons de tous les acteurs de la périnatalité, nous sommes invités à revisiter la démocratie sanitaire. Les formes de partage d’information et d’implication des usagers dans les transformations du système évoluent très vite… Autrement dit, le partage du pouvoir est sans cesse renégociable, et c’est pourquoi cette question de démocratie sanitaire reste ouverte.

Les associations « d’usagers-citoyens » souhaitent voir une amélioration des pratiques d’accompagnement de la périnatalité par une diversification de l’offre de soins. Je vous invite à prendre connaissance de la Plateforme périnatalité 2007 du CIANE. La pierre angulaire de la réforme sera la création de « filières physiologiques » qui inclueront — en les distinguant clairement — les pôles physiologiques des maternités de niveau I, l’accès aux plateaux technique des sages-femmes en suivi global, les maisons de naissance et l’accouchement à domicile. C’est parce que les associations sont parfaitement conscientes de la diversité des aspirations des femmes et des couples qu’elles regrettent que cette diversité ne soit pas bien prise en compte par un système monolithique, en comparaison à ce qui se fait dans d’autres pays.

Par quels moyens les usagers-citoyens peuvent-ils se faire entendre ? En premier lieu, leur participation active aux commissions régionales et nationales, réseaux, groupes de travail de la HAS… Car nous avons la chance, en France, d’avoir (ne serait-ce que dans les textes législatifs) ces dispositifs de concertation démocratique, lesquels peuvent s’articuler avec le monde associatif pour travailler sur le long terme à l’évaluation des pratiques, comme c’est le cas par exemple de l’Observatoire des usagers de la périnatalité en Bourgogne (1).

Pour faire autre chose que de la figuration, les usagers-citoyens doivent faire preuve d’une capacité de contre-expertise, à l’image des associations de consommateurs. Nous avons mis en place des outils de contre-expertise grâce à la base de données de médecine factuelle autour de la périnatalité, développée à l’initative de l’AFAR. Nous sommes en train de mettre en place d’autres outils (sur le modèle de Wikipedia) pour une gestion coopérative décentralisée des informations diffusées publiquement.

L’important me paraît de dépasser ce stade de contre-expertise pour en arriver à la co-expertise. En effet, aussi bien les chercheurs, les praticiens de santé, les responsables de l’autorité sanitaire et les journalistes ont accès à ces outils, à la fois pour la collecte d’informations et pour contribuer à leur élaboration. Nous invitons donc les professionnels à s’investir encore plus dans cette démarche collective de construction de savoir.


(1) Voir l’atelier 6 « La représentation des usagers aujourd’hui : bilan et propositions » aux États généraux de la naissance 2006
Partager     - Voir les 3 commentaires
Ecrire un commentaire
Mercredi 3 janvier 2007 3 03 /01 /2007 20:47
- Par Bernard Bel - Publié dans : TRIBUNE LIBRE
Des chercheurs de l'Inserm viennent de démontrer pour la première fois que la mère informe et prépare le foetus à l'accouchement grâce à l'ocytocine, hormone responsable de la survenue des contractions. En effet, sous l'action de cette hormone, les neurones foetaux sont anesthésiés et donc prêts à affronter le traumatisme ou le manque d'oxygène inhérents à la naissance. Ces résultats ont également des implications sur la prévention des accouchements prématurés. Les substances habituellement administrées pour contrer l'action de l'ocytocine pourraient en effet empêcher les neurones foetaux de se protéger en cas de complications.

Suivre le lien :
http://www.science.gouv.fr/index.php?qcms=zoom,view,2481,view,155,2481,,,,

A aucun moment dans leurs conclusions les chercheurs ne font allusion au fait que le taux de déclenchements (autres que pour les prématurés) a doublé en moins de 20 ans en France: de 10,3% en 1981 à 20,3% en 1998, selon l'enquête nationale périnatale de 1998, pour diminuer de manière non significative en 2003 (19,3%).
http://www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/perinat/somm1.htm
http://naissance.ws/docs/DREES-perinat-2003.pdf

Ce qui est grave, c'est qu'une proportion importante de ces déclenchements (très variable d'une maternité à l'autre) sont pratiqués sans aucune indication médicale:

[...] « déclenchement de convenance » [...] défini comme un accouchement de principe, programmé, sur rendez-vous : le déclenchement de convenance désigne tout déclenchement de travail, à terme, alors qu’il n’existe pas de pathologies maternelles ni fœtales le justifiant, c'est-à-dire sans indication médicale. (HAS 2005 p.2)

Je cite encore :

Dans l'étude de Goffinet et collègues (2003) réalisée auprès de 38 maternités portant sur 1192 cas consécutifs de déclenchement, le taux global de déclenchement pour indication non médicale était de 24,8% (n=295). Les raisons principales du déclenchement étaient la demande de la patiente (85,3%), l’éloignement du domicile (8,5%), l’organisation de la maternité (2,0%), autres raisons (4,2%). (HAS 2005 p.3)

Quelques points parmi bien d'autres sur la variabilité en fonction des établissements :

  • Pour un taux de déclenchement compris entre 10 et 20% dans la maternité d’exercice, le taux de déclenchement de convenance est d’environ 20%; pour un taux de déclenchement supérieur à 30%, le taux de déclenchement de convenance est d’environ 50%. (Goffinet 1999 p.66)
  • Les maternités de niveau 1 et 2 qui ne disposent pas en permanence de tous les moyens en personnel et en équipement technique semblent plus anticiper les risques liés à l’accouchement ce qui se traduirait par davantage d’accouchements déclenchés. A l’inverse, dans la mesure où les maternités de niveau 3 sont les plus dotées en personnel et en moyens techniques elles semblent avoir moins recours aux techniques d’accouchements programmés par déclenchement (Carricaburu 2005 p.25).

Sources :

  1. HAS, fiche de cadrage de la RPC 05R10 « Déclenchement artificiel du travail » (lancée à l'initiative du CIANE), 25/4/2006.
  2. Carricaburu D. De la gestion technique du risque à celle du travail : l'accouchement en hôpital public. Sociologie Travail 2005;47(2):245-62.
  3. Goffinet F, Humbert R, Clerson P, Philippe HJ, Breart G, Cabrol D. Enquête de pratique nationale auprès des obstétriciens sur le déclenchement artificiel du travail. J Gynecol Obstet Biol Reprod (Paris) 1999;28(4):319-29.
  4. Goffinet F, Dreyfus M, Carbonne B, Magnin G, Cabrol D. Enquête des pratiques de maturation du col et de déclenchement du travail en France. J Gynécol Obstet Biol Reprod 2003;32(7):638-46.
Lire aussi :
Partager     - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire
Lundi 30 octobre 2006 1 30 /10 /2006 17:03
- Par Elisabeth Paganelli - Publié dans : TRIBUNE LIBRE
Actuellement les femmes gestantes françaises ont un suivi de grossesse par de trop nombreux professionnels de santé.

Les hôpitaux ne souhaitent plus poursuivre l’activité des consultations de suivi de grossesse car ce sont des consultations non rentables financièrement, puisque longues et mal rémunérées par les caisses de la Sécurité Sociale. La T2A, tarification à l’activité est rentrée dans les hôpitaux et les cliniques. Il faut des actes, pas des consultations.

Il a donc été imaginé de faire pratiquer des consultations non rentables par le monde libéral selon une variable d’ajustement de l’activité des hôpitaux.

On a séduit des généralistes avec un beau discours sur leur rôle essentiel de pivot du système de santé pour qu’ils suivent à nouveau des grossesses en attendant de pouvoir tout déléguer aux sages-femmes libérales encore moins chères que les médecins généralistes mais encore en nombre restreint. On a aussi délégué aux régions le versant social aux sages-femmes de PMI.

Mais les pauvres gestantes sont tiraillées entre nous tous. Elles n’ont jamais montré leur intimité dans cette période délicate à autant de professionnels dits de santé. Elles sont hyper médicalisées car les actes rapportent plus que les consultations et que les examens complémentaires peuvent protéger le professionnel de santé contre des procès.

Résultat, nous formons des futurs parents inquiets qui seront en grande difficulté pour éduquer sereinement leurs petits et les rendre heureux.

Dans l’avenir, l’état nommera sans doute un groupe d’experts en charge d’émettre des propositions pour réduire le coût des accouchements puisque c’est la logique financière qui seule nous gouverne. On peut imaginer dans notre pays industrialisé une sous-traitance des accouchements.

Le groupe réfléchira aux transferts des gestantes en fin de grossesse vers des pays qui pratiquent des accouchements à meilleurs prix. Il aura à négocier avec les agences de voyages, les ambassades et les assurances complémentaires de santé.

Dr Elisabeth Paganelli
Gynécologue médicale
Présidente du Collège de gynécologie du Centre Val de Loire
Représentante de la fédération nationale des collèges de gynécologie médicale au Syngof
Partager     - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire
Vendredi 6 octobre 2006 5 06 /10 /2006 15:51
- Par Bernard Bel - Publié dans : TRIBUNE LIBRE
Les travaux des États Généraux de la Naissance 2006 se poursuivent sur la liste [egn2006] dont l’archive est accessible au public :
http://fr.groups.yahoo.com/group/egn2006/

Un grand merci à celles/ceux qui travaillent à l’édition des rapports ou à la transcription des débats, publiés comme documents de travail (perfectibles) dans la partie « Archive ouverte » du site :
http://www.quellenaissancedemain.info/

Il me paraît utile d’ébaucher une synthèse des EGN 2006, dans le prolongement de l’atelier 7 « Stratégies de changement en périnatalité » et de la séance conclusive du 23 septembre, dont vous trouverez un début de transcription en archive ouverte :
http://www.quellenaissancedemain.info/archives/enregistrements/atelier_7_-_strategies.html

J’invite tous les participants et observateurs à compléter ce fil de discussion sur les listes publiques.

Voici quelques notes personnelles pour commencer.

Dans la période qui a suivi les EGN 2003, le CIANE et les nouvelles associations se sont appuyés fortement sur les nouveaux outils de communication pour :

1) Construire une « base d’expertise » accessible à tous :
+ Les données factuelles de la science, rendues accessibles au public francophone par une base de données de publications construite par « des usagers » :
http://afar.info/biblio-liens.htm ;
+ Les informations juridiques, notamment les nouvelles dispositions du Code de la santé publique (loi « Kouchner » du 4 mars 2002) et leur mise en application dans les projets de naissance ;
+ La reconnaissance du vécu des parents, à travers les récits de naissance, les sites web familiaux, les forums et listes de discussion…

C’est la combinaison de ces trois domaines de savoir qui constitue l’expertise des « parents-citoyens ». Il ne s’agit donc pas d’un vague concept démagogique, mais d’une transformation profonde du système d’information à une époque où le Web « périnatalité » était dominé par les sites et forums publics contrôlés par des professionnels de santé.

2) Élargir la participation des individus (dans les associations) et des associations (dans le collectif), sans toutefois se donner les moyens de définir des stratégies à long terme ni de former les nouveaux militants.

3) Encourager la participation des usagers dans les commissions, réseaux, groupes de travail (HAS notamment), avec une concertation sur des listes comme [CIANE] ou [usagers-perinat], mais peu de coordination entre ces interventions individuelles, sauf pour quelques dossiers mobilisateurs.

Les EGN 2006 ont été l’occasion de mettre sur la table une réflexion autocritique des militants du CIANE, face à la nécessité impérieuse de transformer le Collectif en association/fédération pour préserver sa représentativité. À la décharge des membres actifs, le manque de temps, l’engagement ponctuel du plus grand nombre et le manque de moyens financiers, n’ont pas permis de concrétiser certaines idées, comme celle par exemple de séminaires de formation pour les nouveaux membres d’associations qui souhaitent mieux se faire entendre dans les commissions.

Le succès des États Généraux, en termes de participation, permet de miser sur un avenir plus prometteur.

En premier lieu, la participation active de nombreux professionnels de la périnatalité et cadres de l’administration sanitaire pose les bases d’une coopération plus forte entre tous les acteurs de la périnatalité. On ne peut pas continuer avec une simple vision « fournisseur/client des services de maternité » qui cautionnerait une politique de rentabilité économique, cela pour deux raisons au moins : (1) parce que la reproduction humaine est un fait social qui ne peut pas se réduire à un enchaînement de gestes techniques de surveillance ou d’intervention médicale ; (2) parce que les professionnels de santé, sauf rares exceptions, sont aussi des « parents-citoyens » confrontés au point de vue de « l’usager ».

Il faut donc continuer à travailler ensemble, construire de nouvelles formes de coordination en dehors du CIANE qui reste statutairement un collectif « non-professionnel ». Il faut le faire sans pour autant que les usagers se sentent cooptés par les professionnels et les pouvoirs publics, ni que les professionnels se sentent « pris en otages » par des exigences irréalistes des parents. L’ambiance des EGN nous invite à travailler dans la convivialité, la transparence démocratique, sans ignorer nos divergences. Les projets de « maisons de naissances » présentés par de nouvelles associations (voir la transcription intégrale de l’atelier 20) illustrent bien les modalités de cette collaboration. Il n’y a pas encore de consensus sur la question de l’appellation « MdN » sur laquelle le CIANE avait exigé le maintien de la définition ancienne, au risque de se tenir à l’écart de toute expérimentation. Mais l’absence de consensus n’empêche pas de travailler sur ces projets. Quant à la stratégie du CIANE, elle a fait l’objet d’une discussion interne, après les États Généraux, qui se poursuivra en public sur la liste [egn2006].

Pour ce qui est du CIANE et de ses associations membres, le recrutement de personnes actives et efficaces est une priorité. La professionnalisation de quelques volontaires me paraîtrait même souhaitable une fois que des moyens financiers auront été dégagés. Toutefois, elle demandera un effort accru de communication entre « le sommet » et « la base » pour ne pas retomber dans un fonctionnement opaque en fédération.

Il me semble aussi que nous devons accentuer la réactivité aux événements courants. L’absence totale d’un service de presse (malgré quelques bonnes volontés qui ne vont pas au bout de leurs projets) est un frein considérable à notre action. La réactivité veut dire aussi que nous devons réactiver, et le cas échéant mettre à jour, les groupes de travail affichés sur le site du CIANE, en réponse aux nouveaux « appels du pied » de professionnels et des pouvoirs publics. Ainsi, par exemple, un nouveau groupe de travail est en train de se former pour répondre de manière plus pertinente à la mission de concertation sur « les systèmes d’information de santé » à laquelle les associations d’usagers ont été convoquées lundi dernier. Il s’agit non seulement de faire des propositions spécifiques au champ (social autant que médical) de la périnatalité, mais aussi de réfléchir à ce que serait pour nous une information valable sur les établissements et filières de soins. Pour cela nous pourrons par exemple mettre à profit l’expérience acquise lors de l’élaboration du projet de label « Naissance respectée », en relation avec le projet international MBFCI :
http://www.ciane.info/categorie-482994.html

Les associations membres du collectif doivent préserver leur indépendance et définir leurs propres stratégies qui peuvent être radicalement différentes de celle, globale, du CIANE. Ce n’est pas un simple jeu de rôles avec des « bons » et des « méchants ». À l’AFAR, par exemple, même si nous soutenons le principe d’actions judiciaires, la plupart des dossiers qui nous ont été soumis nous ont conduits à inciter les plaignants à ne pas engager ce type d’action. Nous privilégions la conciliation chaque fois qu’elle se présente comme réparatrice, sans renoncer à la confrontation lorsque les victimes ne peuvent faire entendre raison ou lorsqu’une condamnation pourrait amener une prise de conscience plus large d’un problème grave — la persistance de l’épisiotomie prophylactique est un exemple typique.

Voilà, en vrac, quelques idées qui me viennent suite aux États Généraux. La liste n’est pas terminée et je vous invite tous à prendre la parole sur les listes. Un document de synthèse devrait être rédigé à partir de ces synthèses individuelles, enrichies par la suite des discussions au fur et à mesure de la publication des travaux des EGN.

Bernard Bel
collectif_ciane(arobase)yahoo.fr

Secrétaire de l’AFAR <http://afar.info>
Collectif interassociatif autour de la naissance <http://ciane.info>
Partager     - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire
Mercredi 20 septembre 2006 3 20 /09 /2006 22:42
- Par Sophie Gamelin-Lavois - Publié dans : TRIBUNE LIBRE
Sophie Gamelin-Lavois

Réaction à la page :

http://www.cngof.asso.fr/D_PAGES/MDIR_51.HTM

La réaction tardive des groupes professionnels (qui reconnaissent cependant avoir été invités dès l'origine de la mise en place des États généraux de la naissance) peut surprendre : « Certes, nous fûmes invités par un courriel à nous inscrire aux ateliers ou aux forums déjà définis. Mais nous y étions invités au même titre que des personnes sans formation médicale. » Ne serait-ce pas l'aveu sincère du mépris où sont tenus les usagers et les militants associatifs, et la preuve d'un ego légèrement surdéveloppé, alors que justement de nombreux militants associatifs encouragent les professionnels dont la pratique n'est pas en adéquation avec les dernières données de la science à les modifier… (Je fais référence au sujet « épisiotomie » par exemple !) Comment des professionnels peuvent AUJOURD'HUI se targuer « d'avoir une pratique selon les dernières données de la science », la bouche en cœur, alors que des ÉTUDES NE DATANT PAS D'HIER ont démontré, prouvé, évalué des pratiques nocives (voir OMS) ? Sans la pression des usagers où en serait-on ? Y aurait-il eu une évolution ces dernières années ? (encore que de sérieux progrès restent à faire dans certains services…)

Jouer la carte du « pauvre Caliméro » qui n'est pas invité (alors que les professionnels reconnaissent par ailleurs l'avoir été), qui s'occupe des patients jours et nuits, qui ont des choses à discuter… est loin de montrer de la maturité en communication sur la place qu'occupent les professionnels vis-à-vis des femmes qui accouchent.

Ce sont les représentants des instances professionnelles eux-mêmes qui ont choisi de ne pas participer, de ne pas venir, de ne rien proposer, de ne rien débattre. Cela montre encore combien l'avis des usagers est dérisoire à leurs yeux (il existe certes des places potiches réservés aux usagers dans les instances sanitaires pour montrer en surface — seulement ! — que la parole leur est donnée).

Ce communiqué démontre l'ignorance dans laquelle ils ont souhaité rester alors qu'un groupe de travail n'a pas pris de vacances d'été pour tout mettre sur pied, encourageant les participants à publier des ressources pour chaque atelier, encourageant les uns et les autres à participer activement… Manifester de l'intérêt d'une part et ne pas répondre de l'autre, pour ensuite descendre en flèche les EGN cache probablement de la colère et une insatisfaction à ne pas être au « pouvoir ». Certes, mais cela est infantile ! On comprend alors pourquoi nombre de femmes sont infantilisées lorsqu'elles sont enceintes, lorsqu'elles accouchent…

La naissance n'est pas l'apanage des professionnels de santé, c'est aussi une histoire qui se vit et s'inscrit dans le couple, dans la société. Je trouve important de souligner qu'il s'agit bien « d'États Généraux » et non d'un « Congrès médical » seulement ouvert à des professionnels… Force est de constater que les représentants de professionnels n'ont pas envie de se confronter, de se mélanger aux usagers pour mettre en commun des projets et engranger des changements majeurs. Toujours les mêmes questions de pouvoir, de corporatisme… qui entrent en jeu et freinent les évolutions. C'est dommage. Et c'est dommage pour tout le monde. Vous parlez dans votre « ndlr » de « dispositions salutaires de santé publique qui résultèrent (des premiers EGN) » Dites-moi (dites-nous) lesquelles ! Par ailleurs, comment pouvez-vous affirmer que les « mêmes règles de conduites (concernant l'organisation des premiers EGN par rapport aux seconds) sont loin d'avoir été suivies » puisque vous n'avez souhaité participer à rien dès le départ ! Je constate seulement que la réelle raison est que vous n'en êtes pas à l'origine et que cela (vous) dérange…

Il ne faut pas confondre « être mis à l'écart » et « se mettre soi-même en marge » ! Enfin, il ne faut pas confondre « EGN sans les professionnels » et « EGN sans représentants des groupes professionnels » ! Car il y aura des professionnels, contrairement à ce que le CNGOF veut faire croire. Mais ce n'est pas la première fois que le CNGOF tire la couverture : Audipog en 2002 http://www.cngof.asso.fr/D_PAGES/MOPI_08.HTM, HAS en 2005 au sujet de la RPC épisiotomie… De même, le manque de cohérence ne date pas d'hier…

En tous cas, à défaut d'avoir fait tomber le projet, je salue le geste publicitaire ; et la publication récente sur cette page de réactions qui étaient jugées récemment trop « polémiques pour une discussion sereine et constructive ».

Sophie Gamelin-Lavois
http://www.sophiegamelin.com
auteur et consultante
http://www.futuremaman.info
éditrice de la lettre-périnatalité
http://www.perinatalite.info
le blog du dernier livre
http://www.projetdenaissance.com
Partager     - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire
Mardi 19 septembre 2006 2 19 /09 /2006 09:31
- Par Christiane JEANVOINE - Publié dans : TRIBUNE LIBRE
Christiane JEANVOINE
Sage-femme libérale
Docteur en médecine

Nancy le 17 septembre 2006

Madame KELLER
Présidente Conseil National de l1Ordre
des Sages-femmes

Madame,

Je vous remercie d’avoir répondu à mon courriel au sujet des « doulas ».

En lisant votre réponse [suivre ce lien] je m’étonne que vous me fassiez dire ce que je n’ai pas écrit.

En effet le constat que j’ai pu faire devant l’apparition de ces nouvelles professionnelles accompagnant la maternité me semble répondre à un manque notoire. Dans la profession de sage-femme il y a certes un aspect organique ou somatique auquel répond une partie de la technique, et pour lequel nous sommes hautement formées, mais aussi un aspect plus psychologique, relationnel et humain (pour lequel, en ce qui me concerne, je pense aussi avoir été formée au cours de mes études). Si les gestes pratiques et la technique s’acquièrent relativement rapidement, cela est moins facile pour intégrer un savoir être et des connaissances humaines plus complexes, plus élaborées pour répondre aux besoins et aux demandes exprimées par les femmes et les couples. Ce dernier aspect semble la plupart du temps être un aspect moins prisé par les sages-femmes parce que moins valorisant d’un point de vue professionnel. « Tenir la main d’une parturiente », bien que ce ne soit pas de cela dont il soit exactement question mais évoque au moins une présence attentive, bienveillante, demeure un acte presque dévalorisé ou tourné en dérision. Sans doute est-ce l’effet de la valeur donnée à une compétence au travers de ses aspects techniques préférentiellement — le progrès scientifique et technique étant mis en exergue et en avant, plutôt que le progrès également scientifique lié aux connaissances s’attachant aux valeurs humaines, psychologiques et relationnelles etc.

J’ai donc une haute estime de ma profession et de ma place de sage-femme et en aucun cas je ne pense que les excès de technicité doivent être palliés par une nouvelle profession ; ce n’est pas mon discours.

Je reste convaincue que la mission, dans le cadre d’un suivi médical, des sages-femmes doit intégrer de multiples aspects, avec la technique qui doit rester à sa juste place comme un outil à utiliser, mais aussi et surtout avec le travail dans la relation avec le respect, l’écoute et l’échange, le soutien à l’autre. Ces dernières valeurs sont à mon sens des valeurs bien plus importantes à développer dans la profession de sage-femme car ce sont dans ces dimensions que se trouvent les germes de la prévention « aux drames épouvantables » que vous évoquez.

C’est bien pour cela que je continue à parler d’accompagnement global :
- Avec une globalité pour la personne dans la prise en compte des aspects somatiques et psychiques, familiaux et sociaux de la maternité
- Avec une globalité dans une cohérence et une continuité des soins, offrant un soutien et une aide liés aux aspects relationnels, par la même professionnelle notamment une sage-femme, (de la déclaration de la grossesse à la période postnatale pour toute maternité physiologique : grossesse, accouchement, soins de suite pour la mère et l’enfant),
- Qui intègre en prénatal les consultations prénatales, la préparation à la naissance et à l’accueil de l’enfant,
• un soutien, voire au mieux la gestion et la responsabilité de l’accouchement par la même sage-femme que précédemment, parce qu’une relation de confiance s’est instaurée
• et enfin des soins et un accompagnement postnatal guidant et contenant dans la genèse des liens parents-enfant, pour la mère et l’enfant, pour le couple parental, pour la famille, précoce ou non, lors du retour au domicile de la mère avec son bébé (les recommandations de la HAS sur la préparation vont tout à fait dans ce sens).

Et cela est bien l’objet de ma réflexion face à l’apparition d’une nouvelle profession comme les « doulas » qui puise son existence dans une demande exprimée des femmes et des couples, non reconnue et non prise en compte. Ces derniers ne trouvent pas ce qu’ils cherchent d’un point de vue plus relationnel dans l’accompagnement proposé actuellement par les professionnels de la naissance. Et cela je ne peux que le déplorer dans ce qui est relaté par de nombreuses femmes et couples.

Cette nouvelle profession ne souhaite en aucun cas être en concurrence avec les sages-femmes (du moins c’est ce qui est formulé dans leurs propos).

Leur proposition de présence auprès des femmes ne vient pas à la place ou en place d’un suivi médical, mais pour combler l’absence de dialogue, d’écoute, de soutien et d’aide par des professionnels, souvent pressés (10 à 15 minutes par consultation au mieux 20 minutes), non disposés à entendre un autre discours que le leur. Pourtant il s’agit avant tout du vécu, d’une histoire personnelle et du corps de chaque femme en particulier. Pour que chaque femme, chaque couple puisse être acteur de sa vie encore est-il nécessaire d’accepter de les entendre et de répondre à leurs besoins réels pour qu’ils puissent mener à bien cette expérience de vie qui leur appartient avant tout. C’est la condition d’une meilleure prévention somatique et psychique : toutes les connaissances en santé publique vont dans ce sens si je ne me trompe.

Alors oui, les « doulas » peuvent trouver et prendre une place définie là où il existe des manques profonds ? A mon sens il s’agit de reconstituer une très ancienne solidarité entre les femmes notamment lors de cet événement. Ces femmes qui seraient « doulas » ont la plupart du temps vécu l’expérience de la maternité (les changements dont vous parlez ne leur sont pas inconnus et elles possèdent sans doute une intuition et une compétence acquises de fait). Une formation valable doit cependant leur être proposée (ce qui est le cas et il ne s’agit pas de trois heures de formation) pour qu’elles aient conscience de leur place, à laquelle elles seront capables de rester. Les travailleuses familiales souvent sollicitées lors de la maternité n’ont pas forcément toutes les connaissances requises en matière de maternité (qui est un temps bien spécifique) et leur approche du tout petit enfant, de l’allaitement ne sont pas nécessairement très élaborées. De plus elles ne sont pas formées pour répondre à la demande lors de l’accouchement d’une présence ou personne encourageante, bienveillante avec qui une relation de confiance s’est établie. Par exemple, quand une femme est seule, isolée, en difficulté dans sa famille ou pour toutes autres raisons, quand il n’existe pas de sages-femmes pratiquant un accompagnement global à proximité, ou quand les femmes (ou les couples) ne trouvent pas de dialogue, d’écoute auprès des professionnels et qu’elles ont besoin de voir reconnues leurs propres compétences, si elles demandent un soutien pour l’accouchement et pour l’allaitement là où rien n’existe, alors pourquoi les « doulas » ne seraient-elles pas des alliées d’abord pour les femmes et les couples, mais aussi pour les professionnel(le)s ?

En tous les cas, fondre toutes griffes dehors comme cela est fait sur cette nouvelle profession, manque de tolérance et cela évite aux sages-femmes de se regarder en face, de s’interroger sur leurs missions, de se remettre en cause pour proposer des soins tenant compte de toute la complexité de la maternité des femmes. Si des évolutions sont constatées (et vous semblez en être satisfaite, personnellement je ne le suis pas), nous sommes loin d’un aboutissement en matière d’accompagnement de la maternité de façon respectueuse et dans une vraie relation d’aide. De nombreuses femmes restent inquiètes voir angoissées, mal informées et cela entraîne des pathologies bien évidentes.

Pour finir en effet je reproche au Conseil National de l’Ordre de na pas avoir soutenu ouvertement la proposition d’Accompagnement Global à la Naissance. Il me semble que c’est l’éthique de la profession qui était en jeu, les capacités et la compétence des sages-femmes dans toute leur plénitude qui auraient été défendues. Cela est aussi le rôle du Conseil de l’Ordre des sages-femmes de le faire (pour les cotations, cela va de soit que c’est le rôle des syndicats de le négocier, je le reconnais).

Vous prenez parti et vous vous insurgez contre le rapport Thulliez et ce qui risque d’en découler concernant les études de sages-femmes (revenues à 3 ans et au niveau de la licence) dans votre communiqué du Conseil national de l'Ordre du 07 août 2006 « La commission sur l’intégration des professions médicales et pharmaceutiques au cursus LMD ».

Affirmer que la profession de sage-femme nécessite 5 années d’étude et l’ouverture vers un doctorat ne peut être qu’une juste reconnaissance du travail des sages-femmes avec toute la responsabilité qui leur incombe, mais encore faut-il se battre pour que la mission des sages-femmes aille de pair avec ce niveau de compétence. Il est décevant qu’aucune prise de position n’ait été formulée, sur le contenu, le rôle de telles professionnelles et la forme de leur exercice, et que des propositions alternatives n’aient jamais été défendues par le Conseil de l’Ordre, surtout quand cela est au bénéfice des femmes, des couples parentaux et des enfants.

Cordialement.

Christiane Jeanvoine
Partager     - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire
Dimanche 17 septembre 2006 7 17 /09 /2006 23:43
- Par Cécile LOUP - Publié dans : TRIBUNE LIBRE
(Réponse à un commentaire de Mme KELLER)

Chère Mme Keller,

Je tiens tout d'abord à vous remercier. D'une part pour nous apprendre enfin la vraie raison de votre boycott des EGN, qui n'a rien à voir avec l'organisation. D'autre part pour m'avoir fait rire de bon coeur, ce qui est excellent pour la santé. Je ris d'autant plus que je sais que vous ne pourrez pas en déduire autre chose que : — cette dame est complètement inconsciente et idiote, elle se ne rend pas compte !

Voyez-vous, le CIANE est en effet infiltré de tous les côtés. Nous avons parmi nous des sages-femmes, des obstétriciens, des chercheurs, des doulas, des femmes ayant accouché a l'hôpital pour leur plus grand bonheur ou leur plus grand malheur, des femmes ayant accouché sans assistance du tout volontairement ou non. Nous avons parmi nous des adeptes de la secte des anti-épisiotomie (ceux qui préfèrent se couper la langue), des adeptes de la secte des libres positions pour l'accouchement (shocking), des fous et folles furieux qui pensent que chacun sait ce qui est bon pour soi pour peu qu'on l'informe, alors que les gens raisonnables savent bien que la populace obtue et sale doit être guidé par une main de fer gantée de velours paternaliste.

Vous avez absolument raison, le CIANE ressemble à un fromage corse grouillant de vers en dedans... Quelle horreur...

Chère madame, la paranoia est une pathologie à haut risque, or les membres du CIANE souhaitent rester en bonne santé. Vous nous excuserez donc de ne pas sombrer dans votre hallucination.

Cécile Loup
Présidente de l'AFAR
Représentante du CIANE

PS: sérieux. Le CIANE est un collectif d'associations d'accord entre elles sur une plateforme de propositions (voir le site). Beaucoup d'entre-nous sont membres de plusieurs associations. Donc certaines doulas sont actives au sein du CIANE par l'une des associations dont elles sont membres. C'est la même chose pour les médecins et les SF. Si vous-mêmes étiez membre de Naissance et Citoyenneté par exemple, vous pourriez très bien participer aux travaux et discussions du CIANE, ce qui ne manquerait pas de sel.
Nous savons parfaitement bien qui est doula, elles ne s'en cachent pas. Mais les corps de doulas ne sont pas représentés au sein du CIANE puisque ce sont des professionnels. Le CIANE ne défend pas les corps de doulas en tant que tels, ce qui n'est pas une raison pour les déclarer personna non grata !
Le CIANE défend le libre choix des parents. Or il se trouve que beaucoup souhaitent être accompagnés et soutenus moralement. Faut dire qu'en salle d'accouchement c'est tout de même plus rassurant que de lire son propre utérus sur une machine… Les doulas s'engagent bien entendu à n'intervenir sur un plan médical en aucun cas, elles viennent de le répéter par un communiqué de presse.
Partager     - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire
Jeudi 14 septembre 2006 4 14 /09 /2006 22:44
- Par Françoise BARDES - Publié dans : TRIBUNE LIBRE
En commentaire au texte de Madame KELLER :
Présentées très souvent comme l’alternative aux excès de la technicisation et de la médicalisation de la grossesse, les « doulas » seraient donc, selon vous, la réponse aux maux dont souffre notre société dans l’accompagnement des femmes enceintes.
Je ne pense pas que le besoin de l'accompagnement humain soit apparu du fait de la technicisation et médicalisation de la grossesse, mais bien l'inverse : la nécessite de la médicalisation est apparue du fait de la disparition d'un temps d'écoute et d'observation suffisant. La grille des protocoles est donc installée pour pallier ce manque. Le nombre d'examens qui inquiètent la femme sans aucune contrepartie d'échange verbal induit de la pathologie, plus d'examens et plus d'inquiétude.

Un exemple : Madame C. passe à sa consultation après un trajet long et harassant. Sa tension est à 15/8. Judicieusement on la lui reprend. Cette tension se stabilise. On lui prélève un bilan, fait un monito. Elle doit maintenant revenir sous 4 jours pour prise de tension et monito… Si normal ? Pourra-t-on laisser cette dame vivre sa grossesse tranquille ou va-t-elle entrer dans le cercle des anxiétés médicales, se fatiguer… On tombe donc dans la routine des examens « au cas où ». De fait, sa tension reprise chez son pharmacien est tout a fait normale… Mais… ?

En cours de travail, on prend tension et température toutes les heures… alors que voir le comportement de la dame nous renseigne assez. Comme aussi de poser une main à l'écoute. Ce qui lui fait du bien au lieu de lui planter un thermomètre en pleine contraction comme je l'ai vu faire !
Or, si la place et le rôle des « doulas » dans notre société doivent être discutés, le Conseil national de l'Ordre des sages-femmes souhaite rappeler que la parturition est avant tout un phénomène de transformation physiologique et psychologique majeur qui ne doit pas être pris à la légère et qui peut, dans certains cas, engendrer des drames humains épouvantables, notamment si la femme enceinte ne fait l’objet d’aucun suivi médical adapté.
C'est ici faire procès d'intention : la doula ne se substituant pas au médical, mais palliant ses manques et souhaitant ancrer la naissance dans un trajet humain.
C’est la raison pour laquelle nous exigeons des sages-femmes une compétence qui ne peut être discutée car elles ont une obligation de garantie des soins qu’elles donnent aux patientes et aux nouveau-nés.
Certes, mais cela ne signifie nullement, à mon sens, que le vécu des femmes passe au deuxième plan, bien au contraire !

Quelle était la formule déjà ? Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup y ramène. Je pense qu'on devrait dire cela aussi de l'humain pour les sages-femmes : un peu de science éloigne de l'humain, beaucoup y ramène. Il me semble en effet que la réflexion qui naît de l'observation des pratiques d'accompagnement global (voir chiffres du mémoire de Mathilde Munier, mais aussi toutes les recherches entreprises sur l'accouchement à domicile dans de nombreux pays, ou la politique de santé en Angleterre) montrent à l'évidence que les femmes écoutées présentent un taux de pathologies nettement moindre que la population globale.

L'art de la sage femme ne consiste-t-il pas alors à utiliser la science et la technique à bon escient ? Sachant qu'une femme écoutée va parler, indiquer d'elle-même que quelque chose l'inquiète. Est-ce pathologique ? À nous alors, de mettre toutes nos capacités en éveil : humaine, et techniques si besoin.

Je pense donc que les protocoles se sont mis en place du fait de la patique en groupe : une femme est vue par plusieurs personnes. Quel relais a-t-on alors qui soit fiable ? Les chiffres !

Et si nos collègues sages-femmes ont ainsi basculé vers la technique, je ne suis pas sure que ce soit un libre choix : c'est ce qui se voit, s'écrit, reste… Et donc ce pourquoi on a le temps, certainement. Peut-on écrire dans un dossier : je me suis arrêtée aupres de Madame X pendant 60 minutes pour parler avec elle des questions qu'elle se pose ? Peut-on dans l'état actuel des charges de travail prendre ce temps ?

C'est bien le sens de la lettre de Christiane Jeanvoine : la non prise en compte du temps : l'humain ça prend du temps, au contraire du technique, et même parfois beaucoup de temps… Alors, l'arrivée des doulas qui décident d'avoir ce temps à donner, sont bien l'indice que notre profession a perdu de vue toute l'étendue de son art !

C'est une réflexion essentielle, le Conseil de l'ordre peut tout à fait s'y engager. Mais les sages-femmes veulent-elles rester et sages et femmes ? (ou sages et Hommes !)

Francoise Bardes
Partager     - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire
Vendredi 8 septembre 2006 5 08 /09 /2006 22:18
- Par Marie Josée KELLER - Publié dans : TRIBUNE LIBRE
(Voir message de Christiane JEANVOINE)

Madame,

Je fais suite à votre Mail du 1er août dernier au sujet de l’émergence des « doulas » dans le domaine de la périnatalité en France.

Vous précisiez, notamment, que ce phénomène devait trouver une explication dans le fait que les « doulas » venaient combler une place laissée vacante par les sages-femmes, lesquelles ont, selon vos propos, « méprisé un tant sans peu » cette place et auraient généré elles-mêmes l’apparition des « doulas » en n’écoutant et ne répondant pas à la demande des usagers.

Présentées très souvent comme l’alternative aux excès de la technicisation et de la médicalisation de la grossesse, les « doulas » seraient donc, selon vous, la réponse aux maux dont souffre notre société dans l’accompagnement des femmes enceintes.

Or, si la place et le rôle des « doulas » dans notre société doivent être discutés, le Conseil national de l'Ordre des sages-femmes souhaite rappeler que la parturition est avant tout un phénomène de transformation physiologique et psychologique majeur qui ne doit pas être pris à la légère et qui peut, dans certains cas, engendrer des drames humains épouvantables, notamment si la femme enceinte ne fait l’objet d’aucun suivi médical adapté.

C’est la raison pour laquelle nous exigeons des sages-femmes une compétence qui ne peut être discutée car elles ont une obligation de garantie des soins qu’elles donnent aux patientes et aux nouveau-nés.

Le Conseil national ne revendique aucune primauté et encore moins un quelconque privilège quant à la place que doivent tenir la profession de sage-femme et les autres praticiens de santé dans le débat en cours ainsi que dans les conséquences qui devront en être tirées.

Je rappellerai simplement que les conditions de la naissance ont été considérablement améliorées ces dernières décennies grâce, notamment, aux progrès scientifiques apportés à la pratique de l’obstétrique. Si ces progrès occasionnent certaines dérives, que nous déplorons naturellement, il n’y a cependant aucune raison de rejeter tous les apports de cette évolution et, par là même, d’occulter le rôle important qu’occupent de par leurs compétences les praticiens de la naissance.

Par ailleurs, il est inconcevable que les sages-femmes puissent favoriser, voire cautionner, la présence « d’accompagnatrices à la naissance » auprès des femmes enceintes alors que ces dernières n’ont aucune compétence dans le domaine de la périnatalité et dont l’action peut s’avérer préjudiciable pour la santé.

Enfin, vous reprochez au Conseil national de l'Ordre des sages-femmes de n’avoir fait aucune démarche auprès des instances concernées pour obtenir une cotation spécifique relative à l’accompagnement global à la naissance.

Or, je rappelle que le l’Ordre des sages-femmes n’a aucune compétence pour proposer une modification de la nomenclature générale des actes professionnels. Il revient, en effet, aux seuls syndicats représentatifs de la profession de discuter dans le cadre des relations conventionnelles avec les caisses d’assurance maladie des dispositions relatives à la nomenclature.

Veuillez agréer, Madame, l'expression de mes salutations les meilleures.

Marie Josée KELLER
Présidente
Conseil national de l'Ordre des sages-femmes

Partager     - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire

Le Ciane: qui sommes-nous?

- Le CIANE est un collectif d'associations agréé pour la représentation des usagers dans le système de santé (agrément N° N2008AG0020).
- Le CIANE relève d'aucune appartenance politique ou syndicale, ni d’une obédience religieuse ou philosophique. Ses principes reposent sur la transparence, et son engagement est de nature citoyenne, respectueuse des lois.

Comment le Ciane communique?

Ce blog et sa newsletter 
Blog http://
www.ciane.info - Pour recevoir les nouveaux billets du blog par email, s'abonner également à la newsletter (plus bas) - Fil RSS (plus bas) 
Une liste de diffusion email à archives publiques
http://fr.groups.yahoo.com/group/re-co-naissances
Une liste réservée aux membres d'associations du Ciane
http://fr.groups.yahoo.com/group/ciane
(il existe aussi une liste privée réservée aux membres du CA du Ciane)
Un site en partie public (CianeWiki)
http://ciane.naissance.asso.fr contient les documents du Ciane : activités, dossiers, lettres et communications, statuts et rapports associatifs, liste des associations membres...
Un site privé (CianeWiki)
http://ciane.naissance.asso.fr propose des pages à accès privé pour les documents de travail du Ciane
Une adresse email:

collectif_ciane(arobase)yahoo.fr

Contact téléphonique : Gilles Gaebel, 06 22 54 01 12 

W3C

  • Flux RSS des articles

Calendrier du Ciane

Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés