Pourquoi faut-il que l’accouchement appartienne à quelqu’un ? Pour dire qui a le droit de décider, en dernier recours ? « L’accouchement appartient au médecin parce que c’est lui qui sait ce qui est mieux » contre « l’accouchement appartient à la mère parce que c’est son corps + la loi Kouchner » contre « l’accouchement appartient au bébé car c’est lui qui doit être prioritaire » ?Réponse tiédie : « On m’a volé mon accouchement — avec des interventions abusives, la péridurale, le non-respect de mon intimité etc. » Ou encore : « J’ai réussi à me réapproprier cet événement tellement important — en accouchant à domicile, en étant accompagné par des professionnels respectueux etc. »
Aller contre la physiologie du travail, obliger une femme au jeûne, à se coucher, à rester immobile dans une position absurde — qui aurait l’idée de manger en faisant le poirier ? —, c’est délibérément faire preuve de méconnaissance et d’incompétence, de mépris de l’autre, de prise de pouvoir, de désir d’appropriation d’autrui et induire des problèmes qui nécessiteront alors l’intervention médicale : le serpent qui se mord la queue, ou le pompier pyromane.Autrement dit, en déléguant une part de responsabilité les parents ont laissé le champ libre à divers modes d’appropriation. Une mère de sept enfants témoigne que c’est seulement après son dernier accouchement qu’elle s’est sentie habilitée à dire : « La naissance nous appartient ».
De fait, l’accouchement appartient à la médecine dans la plupart des maternités en France. Pourquoi ? Une réponse c’est la peur antique de l’accouchement. Cette peur a été entérinée comme une vérité absolue, faisant de l’accouchement l’un des événements les plus dangereux de la vie. La médecine a donc évolué en ce sens, combattre le risque à tout prix, sans jamais remettre en cause l’axiome de départ, sans jamais se demander dans quelle mesure la peur ne serait pas parfois la cause des problèmes, tout particulièrement lors des accouchements particulièrement longs, ou douloureux, ou « dystociques » dans leur jargon. A l’heure actuelle la majorité des gens pensent comme ça.Les usagers parlent de liberté de choix, du droit à une information loyale, d’autonomie/compétence de la parturiente, de négociation du projet de naissance et de co-responsabilité.
Une autre réponse, c’est le résultat d’une vision scientifique déterministe qui nous vient du 19e siècle. Ça commence à dater, mais ça reste inscrit dans les mentalités. La troisième réponse serait l’appropriation du pouvoir de la procréation.
Le melting pot de tout cela a produit un discours et une attitude médicale qui se posent en sauveurs : la médecine sait, et par ce savoir sauve la vie des femmes et des bébés. Comme le discours de peur est entretenu, il est logique que les familles se présentent dans l’idée d’être sauvées. À trop promettre la Lune les gens la demandent, et je pense que c’est là qu’on se prend les pieds dans le tapis de l’engrenage judiciaire auquel même les juges participent sans se rendre compte qu’il repose sur un présupposé erroné. Le travail à faire pour déconstruire puis reconstruire est donc énorme, car tout le monde est contaminé [par ce discours].En effet,
À réfléchir aussi, l’éternelle question… Les gens du CIANE veulent grosso-modo que l’accouchement soit aux femmes, mais qu’en est-il réellement de la (vaste ?) majorité (?) silencieuse, celle-là même qui est bien contente d’accoucher en 12 heures sous péri et ocyto : « Tu te rends compte, 27 heures de travail, mais c’est hoooorriblement long ! » Que veulent vraiment les usagers ? Je sais ce que veut ma belle-sœur, en tout cas, et ce n’est pas la même chose que moi.Face à l’évolution de la société et aux exigences citoyennes d’une partie (même très minoritaire) de la population, la médecine ne peut continuer à exercer son droit d’ingérence sur la procréation en brandissant l’étendard de la sécurité.
Il est peut-être de l’intelligence des professionnelLEs à tenter de distinguer s’ils ont devant eux/elles un couple responsable sachant déleguer [leur responsabilité] quand cela est vraiment nécessaire.Une femme sage-femme :
Le premier pas n’est pas à exiger de l’autre mais à faire soi-même et le problème autour de la naissance est entièrement contenu dans l’obligatoire travail en équipe… L’équipe doit suivre le réglement et il est plus simple de suivre la loi « du plus fort »…La médecine doit assumer pleinement sa fonction sociale, surtout dans ces pratiques fondatrices de lien social que sont l’accueil des nouveau-nés ou l’accompagnement des personnes en fin de vie. Mais en s’humanisant elle s’expose à des situations nouvelles pour lesquelles elle n’est pas techniquement outillée. Je pense notamment aux dérives communautaristes ou sectaires — les médias ont mis en avant les problèmes de transfusion sanguine ou de discrimination sexuelle. Le temps me manque pour aller plus loin dans cette analyse en soulignant le danger des amalgames popularisés par l’émergence d’une conscience écologique : médecines « alternatives », croyances « new-age » ou négationnistes, défiance de la rationalité. Les associations, les collectifs, les forums sur Internet ont un rôle considérable à jouer pour le développement d’une pensée critique.
Présentées très souvent comme l’alternative aux excès de la technicisation et de la médicalisation de la grossesse, les « doulas » seraient donc, selon vous, la réponse aux maux dont souffre notre société dans l’accompagnement des femmes enceintes.Je ne pense pas que le besoin de l'accompagnement humain soit apparu du fait de la technicisation et médicalisation de la grossesse, mais bien l'inverse : la nécessite de la médicalisation est apparue du fait de la disparition d'un temps d'écoute et d'observation suffisant. La grille des protocoles est donc installée pour pallier ce manque. Le nombre d'examens qui inquiètent la femme sans aucune contrepartie d'échange verbal induit de la pathologie, plus d'examens et plus d'inquiétude.
Or, si la place et le rôle des « doulas » dans notre société doivent être discutés, le Conseil national de l'Ordre des sages-femmes souhaite rappeler que la parturition est avant tout un phénomène de transformation physiologique et psychologique majeur qui ne doit pas être pris à la légère et qui peut, dans certains cas, engendrer des drames humains épouvantables, notamment si la femme enceinte ne fait l’objet d’aucun suivi médical adapté.C'est ici faire procès d'intention : la doula ne se substituant pas au médical, mais palliant ses manques et souhaitant ancrer la naissance dans un trajet humain.
C’est la raison pour laquelle nous exigeons des sages-femmes une compétence qui ne peut être discutée car elles ont une obligation de garantie des soins qu’elles donnent aux patientes et aux nouveau-nés.Certes, mais cela ne signifie nullement, à mon sens, que le vécu des femmes passe au deuxième plan, bien au contraire !
- Le CIANE est un collectif d'associations agréé pour la représentation des usagers dans le
système de santé (agrément N° N2008AG0020).collectif_ciane(arobase)yahoo.fr
Contact téléphonique : Gilles Gaebel, 06 22 54 01 12
Derniers Commentaires